A tout seigneur…

Souverain du IXe siècle, d'après une iconographie médiévale.
Souverain du IXe siècle, d’après une iconographie médiévale.

Parce qu’elle a vu l’apparition d’une de nos plus célèbres héroïnes nationales ; parce qu’elle a contribué à l’éclosion d’un Etat moderne, on présente généralement la guerre de Cent Ans comme le premier conflit national français. De fait, la notion de Nation en découlera effectivement mais la guerre de Cent Ans est l’archétype du conflit féodal. Que les féodaux en question aient été roi de France et roi d’Angleterre ne change rien à l’affaire. Sinon, comment expliquer que la France ait été à ce point divisée ? S’il s’était effectivement agi d’un conflit national, les seigneurs aquitains, bretons, tourangeaux et plus tard bourguignons n’auraient jamais combattu contre le roi de France, suzerain des seigneurs de ces terres… Cela tient au principe même de vassalité, du moins à son évolution à partir du IXe siècle. Une évolution voulue, favoriser par les rois eux-mêmes…
Vraisemblablement tiré du celte « gwas », qui signifie « homme », le mot même de vassal n’apparaît qu’au VIIIe siècle, mais, sur le principe, il fait suite au comitatus mérovingien qui lie un homme libre à son seigneur. Le principe de vassalité est donc un lien juré engageant le vassal envers son roi, à qui il doit fidélité, et ce dernier envers son sujet, à qui il doit protection. C’est donc un lien personnel entre le souverain et son sujet ; un lien qui constitue le principe même de souveraineté. Toute sa force résidait dans la personnalisation de l’engagement. Une personnalisation qui se perd dès le IXe siècle et du fait même des rois carolingiens.
La prière avant la bataille, d'après une illustration du XIXe siècle.
La prière avant la bataille, d’après une illustration du XIXe siècle.

Désireux de délégués aussi bien la justice que l’administration qui leur échappaient, les souverains carolingiens vont favoriser la formation de liens analogues à ceux qu’ils avaient tissés avec leurs vassaux, dans l’espoir de voir ces derniers être le relais de leur pouvoir. Seigneur des seigneurs du royaume, ils devaient pouvoir, en cas de guerre par exemple, faire appel à leurs vassaux qui, eux-mêmes, mobiliseraient les leurs. Mais la diffusion du lien de vassalité va surtout entraîner l’anéantissement de la souveraineté : le lien n’est plus entre le roi et son sujet, mais entre un seigneur et son vassal. L’homme libre, jadis lié au roi seul, ne l’est plus qu’à son seigneur direct. Et c’est ainsi qu’ont pu naître des conflits comme la guerre de Cent Ans.
En effet, à l’origine, seuls le roi de France et le roi d’Angleterre avait un quelconque intérêt à cette guerre : l’un parce qu’il voulait remplir les caisses et avait besoin de lever un impôt supplémentaire, l’autre pour occuper ses vassaux avant qu’ils ne trouvent une occupation dans la révolte contre le trône… Eux seuls avaient donc un intérêt à ce conflit, ce qui n’empêchera pas le territoire français, dans son entier, de se lancer dans cette guerre, les uns en tant que soutiens du roi de France, à qui leur seigneurs avaient donné sa foi, les autres parce que leur suzerain était le roi d’Angleterre. Pourtant, tous étaient bien du royaume de France…