Akhenaton, le pharaon du soleil

Dessin d'après une statue supposée d'Akhenaton.
Dessin d’après une statue supposée d’Akhenaton.

C’est au XIXe siècle, alors qu’à la suite de l’expédition de Bonaparte et des découvertes de Champollion l’Egypte était devenue le terrain de chasse privilégié des archéologues, qu’apparaît le nom d’Akhenaton ou Akhnaton.
Oublié de la liste des monarques établie par Manéthon, effacé de la mémoire des hommes et des annales égyptiennes, Akhenaton ne doit sa « résurrection » qu’à l’obstination de quelques aventuriers, comme von Humboldt,, las de parcourir les sites de Karnak, Louxor ou Thèbes, de quelques égyptologues, tels Gaston Maspéro. Pourtant, il est à compter au nombre des pharaons majeurs de l’histoire de l’Egypte antique.
Fils d’Aménophis III, sans doute, comme c’était la coutume, co-régent avec lui entre 1379 et 1367 avant J.-C., Aménophis IV, devenu par la suite Akhenaton, règnera jusqu’en 1362. Dix-sept années de règne, dont seulement cinq sans son père, qui vont être le théâtre d’une véritable tentative de bouleversement religieux, d’une révolution.
Si l’on associe immanquablement Aménophis IV à la révolution atonienne, il paraît bien difficile cependant de penser qu’elle ne s’est jouer que sous son règne. Né dans les temples d’Héliopolis, le culte d’Aton semble avoir fait l’objet d’une certaine bienveillance sous le règne d’Aménophis III qui, déjà, avait baptiser son navire « Splendeur d’Aton ». Un culte qui, surtout, avait l’avantage non négligeable d’atténuer le pouvoir immense des prêtres d’Amon –dont on sait qu’ils « règneront » même sur une partie de l’Egypte. Sans doute est-ce donc dans cette volonté de contrebalancer le pouvoir des prêtres de Thèbes qu’il faut comprendre l’intérêt premier que les pharaons verront dans le culte d’Aton. Favorisé par le père, donc, et par son épouse, la nubienne Tiy, le culte atonien connaît la consécration à l’avènement d’Aménophis IV. De fait, le nouveau pharaon va alors tenter d’imposer, par la force, ce culte au détriment de tous les autres, seul le culte de Rê trouvant grâce à ces yeux. Personnalité mystique, comme le prouve l’Hymne d’Aton attribué au pharaon, Aménophis IV va déposséder les prêtres d’Amon de leurs biens –qui étaient immenses-, de leurs prérogatives –qui l’étaient autant ; il va faire marteler le nom du dieu des stèles et des temples et persécuter ses serviteurs. Enfin, en l’an IV de son règne, soit en 1363 avant J.-C., il changera son nom en celui d’Akhenaton, ce qui signifie « Serviteur d’Aton », quitter Thèbes pour établir sa capitale à Akhetaton –actuel site de Tell el-Amarna-, une région vierge de toute divinité.
Le changement était radical. Car si le culte était toujours tourné vers une divinité céleste, il était désormais accroché à la célébration de la vie quant les cultes osiriens ou amonites se préoccupaient avant tout de la mort, de l’au-delà. Surtout, c’était un culte sans intermédiaire, si ce n’est le pharaon lui-même, devenu un véritable roi-prêtre. Un pharaon qui, se faisant, se réappropriait le pouvoir religieux, comme au temps des premiers souverains. Rien de plus qu’un retour aux sources en fait. Mais c’était sans compter avec les prêtres d’Amon…

Hiéroglyphe reconstitué d'Akhenaton.
Hiéroglyphe reconstitué d’Akhenaton.

Entièrement préoccupé de son dieu et du culte qu’il lui rendait dans la cité qu’il lui avait dédiée, Akhenaton va rapidement délaisser les affaires de l’empire. Des révoltes, favorisées par les prêtres d’Amon, éclatèrent un peu partout dans le royaume ; les pays voisins en profitèrent pour s’émanciper, voir pour s’emparer de provinces vassales de l’Egypte. Néfertiti elle-même, qui avait pourtant jouer un rôle de premier plan dans l’édification du nouveau culte, fut écartée du pouvoir, sans doute parce qu’elle avait entamer une réconciliation avec les prêtres thébains. De son remplaçant comme co-régent, Sémenkharê, on ne sait pas grand-chose, pas même son origine. Certains ont voulu y voir Néfertiti elle-même, associée comme « pharaon ». Mais l’hypothèse ne tient guère, d’autant que Néfertiti semble avoir conserver, malgré sa disgrâce, un palais à Tell el-Amarna, d’où elle poursuivra les tractations, où elle accueillera Toutankhamon. C’est d’ailleurs lui qui, à la mort d’Akhenaton, lui succèdera, rétablissant le culte d’Amon, reprenant le chemin de Thèbes. Dès lors, la cité du dieu Aton sera rendue aux sables, toute trace du passage d’Akhenaton sera effacée des fresques et des tombeaux. Seule la découverte de tablettes de correspondance et le manque de rigueur des hommes délégués au saccage de la cité d’Akhetaton permettront, des siècles plus tard, de faire état de ce règne où certains ont voulu voir l’émergence d’un monothéisme égyptien.