Amerigo Vespucci, le voleur de gloire ?

Amerigo Vespucci (1454-1512), d'après une gravure ancienne.
Amerigo Vespucci (1454-1512), d’après une gravure ancienne.

Etrange destin que celui de ce marin florentin dont la renommée dépasse celle des plus grands et qui, pourtant, n’a jamais rien découvert. Et c’est bien ce qu’on lui reproche. Voleur de gloire, Amerigo ? Opportuniste ? Ou simple victime d’une querelle perpétuelle entre l’Espagne et le Portugal ?
Le fait est que Vespucci n’a pas découvert le continent qui porte son prénom. C’est clair pour tout le monde, du moins à l’époque, cette découverte est le fait de Christophe Colomb. Mais Colomb ne pensait-il pas aborder les rives des Indes ?
Fils d’un notaire, issu d’une famille riche et considérée, Amerigo Vespucci quitte Florence et se rend en Espagne où il devient commis puis » directeur » d’une grande maison de commerce, celle d’un Florentin, comme lui. Chef comptable, il assurera l’armement des navires de la troisième expédition de Colomb. Peut-être cette transaction et le fait qu’un de ses frères se soit embarqué dans l’aventure en Orient –il a établi un comptoir à Jérusalem- vont pousser Vespucci à désirer découvrir, par lui-même, ces terres lointaines. A-t-il aborder les côtes mêmes du nouveau continent avant Colomb (qui, rappelons-le, aborde, lors de ses premiers voyages, les Antilles) ?
Peu importe, en fait car, même si cela avait été le cas et même si l’argument du lieu géographique pouvait tenir, les frères Cabot seraient alors, eux aussi, les découvreurs du continent, ayant aborder les côtes du Labrador en juin 1497, comme Vespucci, soit un an avant Colomb mais six ans après sa découverte des Antilles. En fait, Vespucci qui fera quatre voyages aux Amériques a surtout fait la découverte, essentielle, que ce continent n’était pas les Indes ou la Chine mais bien un nouveau continent. Et c’est sous les couleurs du Portugal qu’il fait cette constatation, un fait politique qui ne fera qu’alimenter la controverse. Qui l’alimentera mais qui ne la fera pas naître. Car si l’Amérique porte désormais et pour l’éternité le prénom de Vespucci, ce n’est pas par désir d’une  quelconque gloire de la part du Florentin. C’est tout simplement parce que cet homme lettré, amoureux des sciences et des découvertes, va écrire une relation de ses voyages. Et ces relations, ou du moins l’une d’elle –sans doute son troisième voyage-, va tomber entre les mains d’un certain Martin Walltzemüller, un imprimeur allemand ou lorrain. A la lecture des relations de voyages de Vespucci, Walltzemüller publie un petit traité de géographie, axé essentiellement sur les nouvelles découvertes, et donne au nouveau continent le nom d’America. Le nom restera, même si, à l’époque, personne n’a la moindre idée de ce que représente cette découverte ? Le nom restera et donnera à Vespucci une gloire éternelle, une gloire bien amère.