Aminoclès, un ingénieur de génie

Marins grecs appareillant.
Marins grecs appareillant.

Les exploits maritimes accomplis par les marins grecs furent fort nombreux : outre Ulysse et Pythéas, il faut aussi rendre hommage à d’autres intrépides explorateurs. Euthymènes, navigateur et astronome, est le premier à découvrir l’embouchure du Sénégal et à explorer les côtes de l’Afrique occidentale. Ctésias, contemporain de Xénophon (Ve siècle avant notre ère), astronome et médecin, visite l’Inde et la Perse et laisse un récit de voyage, le Myrobiblion, qui reste un modèle du genre. Quant à Néarque, l’amiral d’Alexandre (IVe siècle avant J.-C.), il accomplit une navigation périlleuse allant de l’embouchure de l’Indus à celle de l’Euphrate.
Tous ces exploits n’ont été possibles que grâce aux innovations -décisives et nombreuses- accomplies par les « ingénieurs » maritimes de la Grèce antique.
Déjà, les navires de la guerre de Troie, décrits par Homère, sont des vaisseaux peints en noir et avec une rangée de cinquante-deux rameurs. Les avirons passent par des estropes de cuir. Ils sont armés d’éperons de bronze.
C’est Aminoclès, un ingénieur de Corinthe, qui introduit, au début du VIIIe siècle avant J.-C., une première révolution dans la construction navale en mettant le premier navire à double rangée de rameurs à l’eau. C’est la dière qui, avec un déplacement de soixante-quinze tonnes, abrite près d’une centaine de combattants et un fret plus important. Ses caractéristiques : trente et un mètres de long, quatre mètres deux de large et un mètre dix de tirant d’eau. Mais Aminoclès ne s’en tient pas là. Considérant que sa dière n’est qu’un modèle de transition, il livre presque aussitôt la fameuse trière qui, depuis lors et surtout durant les grandes guerres contre les Perses, constitue le gros des forces navales grecques. Le modèle de bateau créé par Aminoclès et copié par presque tous les peuples de la Méditerranée, a trente-sept mètres de long, trente-quatre mètres à la flottaison, un tirant d’eau d’un mètre dix et un franc bord d’un mètre cinquante. Sa coque, assez plate, fine et évasée, lui permet de filer à cinq nœuds et elle peut abriter cent soixante-quatorze rameurs disposés sur trois rangs, d’où son nom de trière.
La construction de la coque est basée sur une charpente à quille, contre-quille et couples. Pour accroître sa rigidité longitudinale, un câble de raidissage court de l’avant à l’arrière, en passant par des trous axiaux ménagés dans les varangues. Un large aviron, fixé à l’arrière, pivote sur son axe et agit comme un gouvernail compensé. Les coques, enfin, sont calfatées au moyen d’une toile de lin très fine, enduite de bitume, collée sur toute la carène et recouverte d’un doublage de plaques de plomb d’un millimètre d’épaisseur, tenu par des clous de cuivre.