Amon contre Aton ?

Buste d'Aménophis IV devenu Akhenaton.
Buste d’Aménophis IV devenu Akhenaton.

Parce qu’Akhenaton a persécuté les prêtres d’Amon, fait effacer les cartouches même de la divinité ; parce que la réponse de Toutankhamon et, à travers lui, du clergé thébain, atteint à la même brutalité, le même radicalisme, on a tendance à opposer les deux divinités. Pourtant, peut-on vraiment opposer Amon à Aton ?
"Dieu caché", "Dieu mystérieux", selon les significations qui sont faites de son nom, Amon fait partie, dès l’origine, des divinités célestes. Mais ce n’est qu’après son association avec le dieu Soleil Rê, qu’il prend une dimension véritablement nationale (sous la XIIe dynastie, soit entre le XXe et le XVIIIe siècle avant J.-C.). Une "solarisation" qui s’étend à d’autres divinités égyptiennes et qui revient à faire de Rê le dispensateur de la vie, le principe de la création. Roi des dieux, roi créateur parce qu’associé au soleil, dieu de la vie, représentée par l’attribut de l’ankh -la croix ansée-, "seigneur de l’éternité" mais aussi de la justice, "dieu de pitié", protecteur des pauvres, "berger qui pardonne", Amon est, d’après les hymnes et les prières qui lui sont adressées, une divinité multifonctions, une divinité qui concentre en elle tous les pouvoirs… au point d’acquérir un statu d’unicité. Une unicité qui n’est pas un monothéisme et qui se retrouve dans la plupart des mythologies ; une unicité que l’on retrouve chez Aton avec, là aussi, des suspicions de monothéisme ; une multifonctionalité semblable à celle perceptible chez Atoum et qui fait également de cette divinité un dieu primordial, un dieu créateur. Comme chez Amon, la divinité solaire de Rê lui sera associée jusqu’à ce qu’Atoum apparaisse comme le soleil levé mais également couché et donc, en tant que tel, comme une divinité de la mort. Un statu qu’évoque le Livre des morts, qui fait finalement d’Atoum l’incarnation nocturne du soleil quand Rê en est la représentation diurne.
Né au cœur des temples d’Héliopolis, le culte d’Aton n’est, quant à lui, rien de plus que la concentration du culte sur le Soleil, que l’incarnation de cette puissance de vie en une divinité à part entière. De fait, cette concentration autour de Rê est la suite logique de la solarisation qui se fait jour depuis le XXe siècle avant J.-C.. Une tendance que l’on retouve notamment dans les livres funéraires, le Livre des Portes ou les litanies solaires ; une tendance qui fait finalement de Rê le dispensateur de toute vie, son créateur et son propagateur. Le culte d’Aton choisit clairement d’en adorer le signe le plus sensible, à savoir le disque solaire mais de là à opposer Aton à Amon ou, mieux, d’y voir un quelconque monothéisme, il y a une marge.
De fait, si rien n’oppose clairement les deux divinités, il n’en est rien des cultes. Et c’est bien là que tout ce joue. Mystique de tempérament, Aménophis IV se verra avant tout comme le "Serviteur d’Aton", comme celui qui est "Agréable à Aton". Un serviteur qui, évidemment, n’avait guère besoin de l’intervention d’un clergé spécialisé. Et de fait, sans doute est-ce là la grande différence entre le culte d’Amon et celui d’Aton : Aton permet une perception immédiate du divin quant Amon demeure, malgré son association à Rê, le "dieu caché". Point de monothéisme ici ; tout juste une révolution cultuelle.