Andreï Roublev : la main de l’Esprit

La Trinité d'Andreï Roublev.
La Trinité d’Andreï Roublev.

On ne sait presque rien de la vie du plus grand peintre d’icônes russe. Presque rien si ce n’est son nom, Andreï Roublev, et son statu, moine. Elève de Théophne le Grec, religieux au couvent de la Trinité-Saint-Serge de Zagorsk, il est, sans conteste, l’auteur des plus belles icônes russes. Auteur, avec Théophane le Grec, de l’iconostase de l’Annonciation, à Moscou, d’un saint Jean-Baptiste, d’un saint Paul, d’un saint Pierre et d’une Annonciation à Valdimir, il semble avoir atteint la perfection avec son œuvre la plus fameuse : la Trinité de Zagorsk. De fait, on ne suit Roublev qu’à travers ses œuvres. La date même de sa mort, 1430, est suivie d’un point d’interrogation. C’est qu’Andreï Roublev, canonisé par l’Eglise orthodoxe, n’a jamais été que l’instrument de Dieu, la main de l’Esprit… comme tous les peintres d’icônes. Cet anonymat, ce retrait volontaire n’a rien d’une fausse modestie. Elle est commune à tous les peintres d’icônes depuis que cet art existe. Elle explique également qu’ils ne signent jamais leurs œuvres, le style particulièrement abouti de certains –comme Roublev- permettant seul de les identifier.
De fait, l’art iconographique, qui est né sans doute dès le Ier siècle et certainement au IIe siècle après J.-C., n’est pas une simple œuvre d’art, pas plus qu’une représentation d’un personnage biblique, d’un épisode de la vie du Christ ou des saints. L’art de l’icône est une prière, un reflet presque incarné, issu, pour les premiers d’entre eux, du Mandelion d’Edesse, qui serait le linge ayant reproduit, par le geste de sainte Véronique, le visage du Christ. On comprend dès lors que les icônes, malgré les artistes différents, soient toutes, et plus particulièrement les icônes du Christ, calquées sur le même modèle. Les règles très précises régissant cet art permettraient donc de reproduire au plus juste l’image que le Christ aurait lui-même donné aux hommes.
Ces « images » saintes vont devenir l’objet d’un véritable culte, un peu comme celui que l’on a pu rendre aux reliques… Et c’est suite à un engouement excessif pour ces icônes, en raison d’un culte exagéré qui leur fut rendu que naîtra le mouvement réactionnaire des iconoclastes (aux VIIIe-IXe siècles).
L’art des icônes s’en remettra, on le sait, et perdurera dans tous les pays de tradition orthodoxe ou chrétienne orientale. En Russie, il se développera parallèlement à l’expansion de la Foi. Apparu au Xe siècle, il se répandra essentiellement aux XIIe-XIIIe siècles, avant de reculer devant les invasions tartares de la fin du XIIIe siècle. C’est de Novgorod, refuge des peintres iconographes, puis de Moscou, que l’art des icônes renaîtra, reprendra son essor, abondant dans les églises de ces deux cités. Andreï Roublev participera de cet essor, contribuera, ô combien, au renouveau des icônes russes plus que tout autre.