Attila, le fléau de Dieu

Attila arrêté par saint Loup aux portes de Troyes, qui sera épargnée par la fureur des Huns.
Attila arrêté par saint Loup aux portes de Troyes, qui sera épargnée par la fureur des Huns.

Etonnement, c’est avant tout sur une communication intense, une publicité presque mensongère qu’est basée la légende du fameux fléau de Dieu, Attila, le roi des Huns. Certes, le personnage n’avait rien d’un ange, mais sa réputation est largement surfaite.
Fils d’un certain Moundzouk, il succède à son oncle, Ruga, à la tête des Huns en 434. Et comme dans pratiquement toutes les tribus barbares, le pouvoir est partagé entre Attila et son frère aîné, Bléda. Pas pour longtemps cependant, Attila n’hésitant pas à faire assassiner son frère, trop pacifique à son goût, et à instaurer une autorité sans partage sur les tribus huns unifiées. De fait, les Huns, originaires d’Asie centrale, étaient installés depuis déjà quelques décennies sur les bords du Danube, en Pannonie. Et c’est en relativement bonne harmonie qu’ils vivaient, avec de nombreuses autres tribus barbares, dans l’empire d’Orient. Ils en étaient une composante même et, selon de nombreuses sources, Attila lui-même aurait été en partie élevé à la cour impériale et considéré comme un "ami de Rome". Voilà qui ne devait pas satisfaire le jeune souverain avide de conquêtes. D’où l’assassinat de Bléda, jugé trop diplomate. Sans compter qu’un personnage tel qu’Attila ne pouvait accepter un quelconque partage du pouvoir.
L’ambition, l’amour du pouvoir et de la conquête, de la guerre sans doute aussi : voilà ce qui caractérise Attila, le roi des Huns. Rien à voir avec la légende effrayante qui l’entourera durant des siècles. Car Attila et ses Huns -lesquels étaient en grande partie composés de Germains- n’étaient pas plus cruels que les guerriers lambda… sauf peut-être dans l’imaginaire des Romains, qui voient en lui leur dernier grand adversaire, ou dans celui des Barbares nouvellement installés en Gaule. Les premiers, en exagérant le "phénomène Attila", se présentaient comme un peuple encore vif, capable de se défendre contre le pire des fléaux ; les seconds, parce qu’ils faisaient partie de la coalition qui mettra fin à la guerre-éclair façon hunique, s’arrogeaient ainsi le titre de défenseurs de l’Occident, de l’empire. Voilà qui n’était pas rien et qui est de l’ordre de l’auto-promotion ou de la publicité plus que d’autre chose. Car le "phénomène Attila", si l’on exclu son vif désir de conquête, n’est rien qu’une série d’échecs : en Orient d’abord, en Occident ensuite d’où il sera bouté aux Champs Catalauniques (451) et, surtout, grâce à une "indemnisation" de l’empire romain d’Occident. Certes, les pillages, les viols, la mort font partie intégrante du parcourt des Huns ; mais guère plus que n’importe quelle autre armée. Qui plus est, comme on  l’a dit, Attila commandait une armée de mercenaires germaniques de tout poils plutôt qu’une armée nationale hun. Un agrégat de mercenaires qui explique peut-être une certaine cruauté, une volonté de pillage plus grande que dans d’autres armées et qui aurait contribué à la légende du "fléau de Dieu".