Au nom de tous les Celtes ?

Un druide gaulois (gravure du XIXe siècle).
Un druide gaulois (gravure du XIXe siècle).

Depuis des mois, la Bretagne était le théâtre de profanations en tout genre : destructions de croix et de calvaires, saccages d’église, incendies, en juin dernier, d’une chapelle du XVIe siècle à Loqueffret… Le 21 juin 2007, l ‘énigme paraît résolue. Les profanateurs : une bande de trois ou quatre individus qui se présentent eux-mêmes comme le dernier rempart contre « la lente extinction de la culture païenne et des croyances druidiques en Bretagne ». Une piètre ligne de défense en vérité. Car si la religion celte a disparu, c’était il y a des siècles. Quant au druidisme actuellement en vigueur, il ne date guère que du XVIIe siècle. C’est sous l’impulsion d’un William Stuckley en Angleterre ou d’un Iolo Morgannwg –né Edward Williams- au Pays de Galles que le néo-druidisme fait son apparition en Europe. La redécouverte du monde celte par les Antiquaires –nom donné à des passionnés d’histoire au XVIIe-XVIIIe siècles- avait été à l’origine de ce renouveau druidique. Un druidisme teinté de romantisme, mâtiné de franc-maçonnerie et, surtout, relativement ignorant du monde celte. Car s’il est une chose positive que provoqua le néo-druidisme, c’est, sans conteste, un regain d’intérêt des historiens sur cette période de l’histoire européenne. Un regain d’intérêt qui annonçait et annonce encore un champ de découvertes passionnantes.
Qu’est-ce réellement que le druidisme ? Si l’on en croit les dernières recherches en la matière, le druidisme était avant tout une concentration de connaissance et de savoir. Et la culture païenne dont se réclament les incendiaires de Loqueffret, apparaît avant tout comme une religion basée sur le culte de la Terre-mère, une religion entièrement tournée vers l’échéance suprême, celle du passage vers l’Autre monde. En cela, le néo-druidisme respecte la religion des premiers siècles. Une religion qui se veut en plein accord avec les mystères de la Nature –qui pour l’occasion mérite un « N » majuscule-, la célébrant par des rituels bien innocents.

Druide dirigeant une réunion de clan, d'après une gravure du XIXe siècle.
Druide dirigeant une réunion de clan, d’après une gravure du XIXe siècle.

Aucune innocence, par contre, dans l’action du TABM, le True Armoric Black Metal, qui a revendiqué les déprédations de ces derniers mois en Bretagne. Sataniste, anti-chrétien comme le suggère son nom même, le TABM n’a certainement rien compris à la culture celte qu’il revendique si violemment. S’indigner « qu’en Bretagne, la chrétienté ait pris le pas sur les cultes païens et autres croyances ancestrales d’Armorique », c’est oublier, un peu vite, que l’expulsion des Tuatha de Danann vers le monde de l’Autre monde date des Celtes eux-mêmes. Une expulsion qui, si l’on s’en réfère à la mythologie irlandaise, doit tout à l’arrivée des Gaëls –les hommes. C’est oublier également que si ces messieurs ont pu ne serait-ce que se prévaloir de quelques croyances celtiques, c’est aux moines chrétiens qu’ils le doivent. C’est oublier enfin l’essence même du druidisme : l’accumulation de connaissances. Pas sa destruction.