Bara, martyr de la Révolution ?

Portrait imaginaire de Joseph Bara (1780-1793).
Portrait imaginaire de Joseph Bara (1780-1793).

Cela ne fait pas un mois que l’événement a eu lieu que déjà la Convention ne parle que de ça, trouvant en Robespierre son meilleur porte-parole. L’histoire veut en effet que, le 7 décembre 1793, la France ait perdu un de ses jeunes héros, un « parfait modèle pour exciter dans les jeunes cœurs l’amour de la gloire, de la Patrie et de la vertu », selon les propres mots de Robespierre. Cet hommage poignant, l’Incorruptible l’adresse à Joseph Bara, tombé près de Cholet sous les coups meurtriers des Chouans alors qu’il clamait : « Vive la République ! » Le jeune tambour avait à peine treize ans… Le courage de Bara, sa générosité –ne faisait-il pas parvenir toute sa solde à sa pauvre mère ?- lui vaudront même, sur les instances de Robespierre, les honneurs du Panthéon.Pour peu de temps cependant puisqu’on l’en retirera en 1795.

Si le corps de Bara ne demeura que peu de temps parmi les « Français admirables », sa légende, par contre, fera long feu. Car c’est bien une légende que l’histoire du tambour de la Révolution… qui n’était pas tambour, ne cria jamais Vive la République et n’envoya pas le moindre argent à sa mère, pour la bonne et simple raison qu’il ne percevait aucune solde. Un légende construite de toutes pièces autour d’un jeune mitron, homme à tout faire du régiment, et qui ne périt que parce qu’un groupe de Chouans voulait s’emparer des chevaux qu’il gardait. L’histoire, la vraie, sera rapportée à la Convention par le général Desmaret, dans l’espoir d’attendrir ses messieurs sur le sort de la mère du garçon, veuve et avec trois autres enfants à charge. Le nom même de Bara n’aurait jamais dû traverser les siècles, n’eut été le désir de l’Incorruptible de créer un héros à la mesure de son idéal révolutionnaire. Un héros pur –car très jeune-, courageux, incorruptible –comme lui- et profondément désintéressé. Bref, une icône, un martyr de la République sensé enflammer le cœur des modérés, affermir l’âme d’un peuple vacillant à l’heure où l’Europe entière menaçait le pays, où la Vendée se soulevait, où la disette et le chômage étaient le lot commun. A tous ces maux, Robespierre opposera un mythe construit de toutes pièces…