Beaumarchais : l’homme aux milles visages

Pierre-Augustin Caron de Beaumarchais (1732-1799).
Pierre-Augustin Caron de Beaumarchais (1732-1799).

Parce que son père était horloger parisien, Pierre Augustin Caron devait initialement embrasser cette même carrière. Une carrière dans laquelle il se distinguera d’ailleurs en inventant un nouveau système d’échappement pour les montres. Doué pour la musique, il entra ensuite à la cour comme maître des harpes des filles de Louis XV, acheta plus tard la charge de contrôleur de la maison du roi (1755) puis celle de secrétaire du roi (1761). Ce n’est qu’à ce moment qu’il obtint son titre de noblesse et qu’il acquit un petit fief, détenu jadis par la famille de sa femme et dont il porterait désormais le nom, celui de Beaumarchais.
Parce qu’il s’était vanté d’une grande intimité avec Madame Adélaïde, une des filles de Louis XV, Beaumarchais fut chassé de Versailles, interdit de séjour par lettres de cachet. En éternel entrepreneur, Beaumarchais ne se laissa guère impressionner, se passionnant désormais pour les affaires, où, comme à son habitude, il devait exceller. Son association avec Pâris-Duverney devait lui permettre d’amasser une fortune considérable en quelques années seulement. La mort de son associé, en 1770, associé à une dette importante laissée par ce dernier à ses héritiers, marquera le début des démêlés judiciaires de Beaumarchais, accusé de faux et de corruption. Il se chargera lui-même de sa défense, qu’il devait assurer avec un succès relatif mais dont il tirera quatre "Mémoires" dans lesquelles il se posait en victime des abus de la justice d’Ancien régime. Un sujet qui avait de quoi assurer le succès de leur auteur. Déchu de ses droits civiques, Beaumarchais devait poursuivre sa carrière d’aventurier : agent secret, chargé d’arrêter à l’étranger les pamphlets contre la cour, il entreprit d’écrire lui-même un libelle contre Marie-Antoinette. Découvert par l’impératrice Marie-Thérèse, il sera arrêté… brièvement.
Scène du Mariage de Figaro.
Scène du Mariage de Figaro.

  De retour à Paris, Beaumarchais devait cette fois mettre son talent artistique au service de la plume et des idées. En 1776, il fonde une société des auteurs dramatiques, publie la première édition complète des œuvres de Voltaire, tout en se faisant marchand d’armes -il avait également tâté de la traite des Noirs- et en poursuivant son activité d’agent secret.

Ce n’est qu’en 1775 qu’il met en scène le Barbier de Séville, suivi, en 1784, du Mariage de Figaro. Deux pièces aux idées pour le moins révolutionnaires, au ton acide et provocateur et qui ne purent être présentées que grâce aux protections -royales- dont l’auteur bénéficiaient. Faisant fi des censeurs, raillant les nobles qui, en l’applaudissant, se gaussaient d’eux-mêmes, Beaumarchais signera, avec ses deux pièces, son coup de maître.

Louvoyant avec son adresse habituelle entre les factions, le sieur de Beaumarchais devait survivre à la Révolution. Y survivre mais s’y ruiner. Réfugié à Hambourg sous la Terreur, il regagna Paris en 1796 et y mourut trois ans plus tard.