Bismarck n’ira pas à Canossa !

Otto von Bismarck (1815-1898), chancelier de l'Empire.
Otto von Bismarck (1815-1898), chancelier de l’Empire.

En 1077, Henri IV, empereur germanique, avait attendu, tête nue et pieds nus, d’être reçu par Grégoire VII au château de Canossa. Huit cents ans plus tard, la lutte d’influence et de pouvoir entre la papauté et l’Allemagne est toujours d’actualité.
C’est avec inquiétude que Bismarck avait vu l’émergence d’un parti catholique, le parti du Centre. Capable de mettre en péril l’unité de l’empire que le chancelier avait fondé, d’autant plus que les Allemands du Sud avaient de nettes tendances séparatistes ; dopé par la proclamation, en 1870, de l’infaillibilité pontificale, ce parti du Centre allait faire l’objet, de la part du chancelier allemand d’une guerre, d’un combat. Le combat pour la civilisation ou "kulturkampf" : c’est ainsi que l’on désignera l’action de Bismarck de 1871 à 1878. Et, de fait, c’est une véritable guerre que le chancelier allait mener en intimidant le clergé, en anéantissant l’enseignement catholique.Les inspections des écoles catholiques se virent dès lors confiées à des laïcs, les Jésuites se virent exclu de l’enseignement, les évêques et les prêtres devinrent des fonctionnaires ("lois de mai" 1873 et 1874), les futurs prêtres se virent contraints de faire leurs études dans des établissements d’Etat et les évêques se virent interdit de prononcer des excommunications.
"Nous n’irons pas à Canossa", avait déclaré le chancelier devant le Reichstag. Mais si l’on pouvait refuser l’humiliation, il s’agissait bien là d’une persécution, à laquelle les catholiques allemands devaient répondre. Assemblés autour de Windthorst, chef du parti du Centre, la résistance catholique s’organisa, au point que des évêques et des prêtres prussiens se laissèrent emprisonnés. A moins de tenter une persécution franche et donc de risquer de s’aliéner une large partie de l’Europe, Bismarck, qui était désormais plus préoccupé du péril socialiste que du "péril" catholique -pour laquelle il avait besoin des voix du Centre-, allait revoir son action. Les "lois de mai" furent révisées en même temps que les relations diplomatiques avec le Vatican furent rétablies, et la loi contre les Jésuites abrogée.
Bismarck n’était pas allait à Canossa, certes, mais il avait malgré tout dû réviser son jugement.