Buckingham : pour les Normands

Georges Villiers, duc de Buckingham (1592-1628).
Georges Villiers, duc de Buckingham (1592-1628).

C’est en 1097 que Guillaume le Conquérant crée le titre de comte Buckingham -du nom d’une ville située au nord-ouest de Londres- afin de récompenser un de ses fidèles compagnons d’armes, Guatier Gifford, seigneur de Longueville. Normand de naissance, Gautier Gifford devient ainsi le premier comte de Buckingham, un titre qui sera conféré en 1377 par Edouard III à son fils avant qu’il ne devienne duc de Gloucester et qui passa par mariage à Humphrey Stafford, dans la famille duquel il resta jusqu’à l’exécution d’Edouard Stafford, favori renié d’Henri VIII en 1521. Or, les Stafford était d’origine normande, descendants de Robert de Tosny, lui aussi compagnon de Guillaume le Conquérant. Et étonnement, c’est encore pour un Normand que le titre devait être rétabli en 1617 par Jacques Ier Stuart pour récompenser son favori, Georges Villiers. Ce dernier sera élevé à la dignité ducale en 1623 puis créé lord amiral, fonction dans laquelle il s’enrichit de manière scandaleuse. Ambassadeur en Espagne où il devait négocier le mariage du prince de Galles avec l’infante, il fit échouer ce projet par son insolence et sa morgue et convint même le roi de déclarer la guerre à l’Espagne.
Demeuré maître de la cour du roi après le décès de Jacques Ier, il devait remplir le même rôle de favori sous le règne de son fils, Charles Ier, qu’il poussa à s’opposer au Parlement et à entrer en conflit avec la France. Après avoir échoué dans ses tentatives devant La Rochelle -protestante- et l’île de Ré, il préparait une nouvelle expédition lorsqu’il fut assassiné. Son fils, Georges Villiers, deuxième duc de Buckingham se distinguera dans sa fidélité envers Charles II et deviendra un des conseillers les plus influents du souverain après la restauration. Le titre devait connaître un dernier épilogue en passant, en 1703, à John Sheffield, celui de marquis de Buckingham échouant, en 1784, à la famille de Grenville. Un patronyme qui sonne curieusement normand, lui aussi…