Cagliostro : le roi des escrocs

Portrait de Cagliostro, d'après une gravure du XVIIIe siècle.
Portrait de Cagliostro, d’après une gravure du XVIIIe siècle.

Esotérisme, magie, alchimie : autant de mots qui attirent, qui fascinent et qui ont inspiré un nombre incalculable d’escrocs. Parmi les plus célèbres figure Joseph Balsamo, alias le comte de Cagliostro. Un faux comte mais un véritable génie dans l’art de faire croire n’importe quoi.
Etonnamment, c’est durant le très rationnel XVIIIe siècle, alors que le monde se piquait d’accéder -enfin- aux Lumières après des siècles d’obscurantisme, que Cagliostro va sévir. Et le moins que l’on puisse dire c’est que la base même de son commerce n’avait rien de rationnel. Au contraire. Apparition de défunts, lecture ou prédiction de l’avenir, mais surtout pratique de l’alchimie -soit la transformation d’un métal en un autre- et vente d’un élixir de jouvence : voilà quel était le fond de commerce de Cagliostro. Secondé par sa ravissante épouse, Lorenza Feliciani, entourant sa personne d’une aura mystique propre à séduire ses contemporains, le faux comte de Cagliostro se disait héritier du comte de Saint-Germain, soi-disant immortel, et initié aux secrets et aux mystères de l’Egypte. Ajoutez à cela un style -largement inspiré de l’Evangile- propre à le faire passer pour un prophète errant, comme "Je ne suis d’aucune époque ni d’aucun lieu ; en dehors du temps et de l’espace, mon être spirituel vit son éternelle existence…" : et le tour est joué.
En fait de parcourir le monde, Cagliostro, né Joseph Balsamo, se cantonnera à l’Europe, qu’il parcourra après avoir fuit l’Italie, sa patrie d’origine, où il était recherché pour escroquerie.
Arrivé en France en 1785, il allait bénéficier de l’appui du cardinal de Rohan et de la franc-maçonnerie -dont il se disait un des initiateurs inspirés. Les portes -et les portefeuilles- des plus grands s’ouvrirent devant lui ; les salons les plus en vogue se l’arrachèrent. Jusqu’à cette fatale affaire du collier… Une affaire dans laquelle trempait également Rohan et qui signifiera la chute de Cagliostro.
Incarcéré à la Bastille, il allait être expulsé dès 1786 et, de retour en Italie, à nouveau arrêté et jugé en 1791. Condamné à la peine de mort, il vit celle-ci commuée en détention à perpétuité au château San Leone, où il mourra en 1795.
Cagliostro aura passé comme une comète dans l’histoire de France -il ne reste dans le royaume qu’une petite année. Et sans doute n’est-ce pas son talent d’escroc, pas même la fascination qu’il semble avoir exercé qui lui vaut cette postérité. Gœthe, dans le Grand Cophte, mais aussi Alexandre Dumas, dans Joseph Balsamo, y sont pour beaucoup.