Cartier… de la Chine au Canada

Portrait de Jacques Cartier (1491-1557).
Portrait de Jacques Cartier (1491-1557).

C’est vraisemblablement au large de Terre-Neuve que Jacques Cartier, marin déjà aguerri, conçoit son grand projet : comme tant d’autres avant lui, il rêve de trouver le fameux passage du Nord-Ouest, passage qui doit le conduire vers la Chine. Une route que tous les explorateurs tentent de trouver, avec une persévérance admirable, depuis des siècles et qui a déjà permis la découverte de l’Amérique.
François Ier, qui voit avec regret l’Espagne et le Portugal se partager le monopole des découvertes, agrée à son idée et c’est avec l’accord et les finances du roi que Cartier arme deux bâtiments en avril 1534. Après avoir longé Terre-Neuve et la côte ouest du nouveau continent, il pénètre dans ce qui lui paraît un bras de mer et qui se révèle être le Saint-Laurent. Il aborde à Gaspé : une croix, plantée en terre, indique la nouvelle possession du roi de France, possession à laquelle Cartier donne le nom de Canada, qui vient du mot iroquois « kanata », ce qui signifie « village ». Pourtant, ce ne sont pas les Iroquois que Cartier croise en premier sur sa route mais, vraisemblablement, les Hurons qui parlent une langue proche de l’iroquois.
Le Canada est une terre pleine de promesses à en croire les Indiens : Cartier est convaincu ; de retour en France, en septembre 1534, il convainc à son tour le roi. Et dès mai 1535, il reprend la mer. Fort de trois nouveaux bateaux et de la confiance de François Ier, le Malouin pénètre hardiment à l’intérieur des terres. Remontant le Saint-Laurent, il atteint le village indien d’Hochelaga qui deviendra, sous l’égide des Français, Mont Royal puis Montréal.
Après un hiver rigoureux marqué par les ravages du scorbut, l’équipage de Cartier reprend la mer. De retour en France, en 1536, le marin n’a de cesse de remonter une expédition avec, cette fois, l’idée d’installer une colonie. Ce sera le but de la dernière expédition du Malouin, que le roi de France va cependant soumettre à l’autorité de Jean-François de la Roque, seigneur de Roberval et premier gouverneur de la « Neuve-France ».
En 1541, les premiers colons s’installent le long des rives du Saint-Laurent. Cartier, quant à lui, retourne en France sitôt les cales pleines. Mais les richesses attendues ne sont en fait que du schiste ou du cuivre. Dès lors, le roi se désintéresse de la nouvelle colonie et c’est, dans un relatif anonymat, que meurt Cartier, en 1557.
D’un point de vue strictement pratique, le bilan de l’aventure Jacques Cartier peut sembler bien maigre. On peut dire que les trois expéditions entreprises par le Malouin peuvent être considérées comme des échecs sur toute la ligne : la route septentrionale des Indes n’existe pas, les fameuses pierres précieuses rapportées du Canada sont sans valeur, les hivers sont si durs que la colonisation semble impossible. Pourtant, derrière cet apparent échec, l’œuvre de Jacques Cartier nous apparaît aujourd’hui considérable. Il a enrichi la connaissance géographique et permis les progrès de la cartographie ; il a baptisé des dizaines de lieux et certains toponymes ont vécu jusqu’à nos jours ; par ses écrits, il a transmis l’histoire de ses voyages à la postérité.
Si les découvertes du Malouin sont sans commune mesure avec celles d’un Christophe Colomb, d’un Vasco de Gama ou d’un Magellan, elles représentent néanmoins un apport considérable à la connaissance géographique.
Quant à Cartier lui-même, s’il n’était pas le premier navigateur qui soit parvenu jusqu’au golfe Saint-Laurent -il avait été précédé dans ces parages, notamment par Cortereal, Cabot et Verrazzano- personne ne lui a jamais contesté l’honneur d’avoir véritablement fait et assuré la découverte du Canada.