Catherine : la Grande dame de Russie

Catherine II, tsarine de Russie (1729-1796).
Catherine II, tsarine de Russie (1729-1796).

Saignez-moi de ma dernière goutte de sang allemand pour que je n’aie plus que du sang russe dans les veines, déclarait Sophie d’Anhalt-Zerbst, devenue Iekaterina Alexeïevna lors de son mariage avec Pierre III de Russie (1744). Et, assurément, il n’y eut pas plus russe que cette impératrice. Affublée d’un mari incapable, germanophile à tous crins, elle devait, à l’opposer, s’ingénier à tout connaître de sa patrie d’adoption -sa langue, son histoire, sa religion- jusqu’à prendre en ses mains propres le destin de ce pays. L’attitude de Pierre III avait vite eu raison de la patience des Russes, aussi est-ce tout naturellement vers son épouse, si empreinte de l’âme et des intérêts russes, qu’allaient se tourner tous les mécontents. Un an à peine après son accession au trône et alors que Pierre III songeait à répudier une épouse, avouons-le, fort volage, que Catherine tente le tout pour le tout. Aidée de ses amants, les frères Orlov, et de la garde, elle démet son époux, le fait emprisonner et s’empare du pouvoir. Un coup d’Etat tout en douceur et qui se soldera par l’abdication sans résistance de Pierre, lequel sera assassiné quelques jours plus tard.
Exit Pierre, place à Catherine ! Une impératrice qui règnera pas moins de 34 ans sur la Russie. Trente-quatre années durant lesquelles elle favorisera l’industrie -on compte pas moins de 2 000 fabriques à la fin du XVIIIe siècle-, fera de la Russie un acteur incontournable de l’échiquier européen et agrandira les ouvertures vers le Nord et vers la Mer Noire du pays, tout en s’emparant, avec la Prusse et l’Autriche, du "gâteau polonais". Souveraine éclairée, ami des philosophes -Voltaire, d’Alembert- et des scientifiques, Catherine II n’en demeurait pas moins une autocrate, dont le bilan ressemble étrangement à celui de Pierre le Grand. De fait, tout en jouant définitivement la carte de l’Europe moderne, Catherine multipliera les oukazes en faveur de la noblesse terrienne, confirmant toujours plus le statut de non-droit des serfs et, parfois, des paysans. Comme son illustre prédécesseur en modernité, d’ailleurs, Catherine acquerra le surnom, mérité malgré tout, de "la Grande". Une tsarine qui fit tant pour la Russie, qu’elle pourra même se prendre à rêver de reconstituer l’empire d’Orient. A sa mort, en 1796, Catherine laissait une Russie plus grande et plus forte que jamais ; une Russie plus oppressive et despotique aussi…