Celles qui tiennent le fil… de la vie

Les Moires grecques, d'après un vase ancien.
Les Moires grecques, d’après un vase ancien.

A peu près aussi célèbres que les Parques romaines ou que les Nornes scandinaves, les Moires sont, dans la mythologie grecque, celles qui président aux destinées des hommes et des dieux. Filles de la Nuit (Nyx) ou peut-être de Gaïa et d’Ouranos (la Terre et le Ciel), elles font sans aucun doute partie de ces divinités anciennes que la promotion des dieux de l’Olympe va relégué au rang de divinités secondaires. Au point d’ailleurs qu’au final, on ne leur accorde pas même le statu divin. Sans doute est-ce d’ailleurs à cette même époque qu’elles quittent l’apparence de belles et jeunes déesses pour apparaître sous les traits de vieilles femmes.
Les Moires ne sont cependant pas égales aux yeux des hommes ou des dieux, ne serait-ce parce qu’elles n’ont pas les mêmes fonctions. A moins, bien entendu, que cette triade ne soit la représentation d’une seule divinité, finalement distingué en raison de ses différents attributs. Un passage de l’Iliade, qui emploie le mot de Moire au singulier, permettrait d’aller dans ce sens. Mais cette question récurrente –elle se pose également pour les triades celtes- de l’unicité d’une divinité à fonctions multiples sera finalement conclue par la mythologie grecque elle–même.
Car si aux temps anciens les Moires ont pu n’être qu’une, l’époque classique en distingue clairement trois. Hésiode les nomme d’ailleurs pour la première fois dans sa Théogonie : Clotho est la Fileuse, Lachésis la Réparatrice et Atropos l’Implacable. La seconde se distingue alors. A elle et à elle seule est dévolu la distribution des sorts qui guideront la vie future des âmes défuntes… Le thème de la réincarnation est effleuré. Dès lors, si les âmes défuntes doivent revivrent sous les traits d’êtres humains, Lachésis retrouve la fonction des Nornes scandinaves ou des fées médiévales qui, penchées sur le berceau, dotaient les nouveaux-nés. Probablement la notion de destinée elle même ne peut qu’impliquer celle de dons, de sorts jetés par celles qui tiennent les fil de la vie. Cela expliquerait qu’on la retrouve dans les principales mythologies et qu’elle ait perduré de façon aussi flagrante dans les contes populaires, réceptacles des plus anciennes croyances.