« Ceux qui vont mourir »…

Mosaïque antique représentant un combat de gladiateurs.
Mosaïque antique représentant un combat de gladiateurs.

264 avant J.-C. ; Junius Brutus Pera, de la famille des Junii Bruti vient de mourir. A l’occasion de ses obsèques et parce qu’elle désire que cette mort marque durablement le peuple, la famille du défunt offre au peuple le spectacle d’un combat opposant six prisonniers de guerre. Cet usage funéraire, qui se pratique alors en Etrurie et en Campagnie, est la forme moderne d’un rituel de sacrifice. C’est également le moyen qu’ont trouvé les Romains de se débarrasser des nombreux prisonniers de guerre, plutôt que de les égorger sur les tombes des vainqueurs ou de les soumettre à l’esclavage.
L’origine supposée de ces combats remonterait au delà du Ve siècle avant J.-C. -date à laquelle ils sont pratiqués dans toute l’Etrurie. Le jeu du Phersu, qui en est à l’origine, voulait qu’un condamné à mort soit livré aux assauts d’un chien de combat, la tête couverte d’un sac et armé d’un unique bâton, ce qui ne lui laissait guère de chance de survie. Une seconde hypothèse veut que ces combats aient été inspirés d’une coutume samnite qui organisait des combats de corps à corps, notamment entre les prisonniers de guerre.
A final, lorsqu’en 264 avant J.-C. la famille Junii Bruti décide d’offrir un combat de gladiateurs afin d’honorer son défunt, elle initie surtout une véritable mode. Les familles aristocratiques devaient saisir la moindre occasion pour organiser des combats semblables, pour le plus grand plaisir de la plèbe. En 122 avant J.-C., Caius Gracchus fera voter une loi instaurant la gratuité de l’événement. Un événement qui, dès le IIe siècle avant J.-C., n’a plus grand chose à voir avec les funérailles ou avec le religieux mais qui devient alors un moyen incontournable pour amadouer le peuple… et tenter de se faire élire édile ou consul.
Certains édiles y trouveront la ruine plutôt que la fortune d’ailleurs. Désigné sous le terme élégant de "munus gladiatorum", soit de "cadeau du peuple", ces combats n’étaient rien de plus qu’une manière de corrompre le peuple… dans tous les sens du terme.
Alors qu’ils se multipliaient les combats de gladiateurs vont également se professionnaliser. Esclaves, prisonniers de guerre, les gladiateurs vont également se recruter parmi les hommes libres, souvent contraints à embrasser cette "carrière" poussé par la misère.
Les grands personnages de l’Etat iront même jusqu’à créer leurs écoles personnelles -celle de César comptait quelques 5 000 combattants ; plus tard, sous l’Empire, les jeux serviront le pouvoir pour "acheter" le peuple, pour lui faire oublier la misère, les réformes impopulaires ou encore une usurpation, un assassinat politique. Et avec ses quelques 120 jours fériés par an, les occasions ne manquaient guère…