Chypre, le berceau d’Aphrodite

Médaille antique de Vénus-Uranie.
Médaille antique de Vénus-Uranie.

"Cypris" ou Aphrodite : tel est le nom de ce joyau de la Méditerranée. Un joyau de pierres qui, dès l’Antiquité et parce qu’elle se situe au cœur d’un intense échange commercial, devint un joyau des plus prisé. Colonisée successivement par les Phéniciens (vers 1500 avant J.-C.) puis par les Grecs (vers 1000 avant J.-C.), elle subit la domination assyrienne avant de revenir aux Phéniciens puis de passée à l’Egypte et enfin à l’empire perse. Des conquêtes et des dominations successives qui allaient lui permettre de conserver une relative autonomie, au point de sortir, vers 400 avant J.-C., de ces temps de soumission officielle, à un intense rayonnement. Les cités les plus importantes étaient alors Amathonte, Paphos et Idalie, toutes trois consacrées à la déesse Aphrodite qui serait venue y parfaire sa beauté avant de faire son entrée dans l’Olympe. Au début du IVe siècle avant J.-C., Chypre était donc indépendante, jusqu’à ce qu’elle soit intégrée à l’empire d’Alexandre. A la mort de ce dernier, elle sera d’ailleurs vivement disputée par les "héritiers" du Conquérant, qu’ils soient de Syrie ou d’Egypte. Finalement, c’est Caton, le Romain, qui s’en emparera et en fera, en 58 avant J.-C., une province romaine.
Le partage de l’empire romain placera Chypre dans l’escarcelle byzantine où elle demeurera jusqu’aux croisades. C’est Richard Cœur de Lion qui finalement s’en empare et l’offre à un seigneur français, ancien roi de Jérusalem, Guy de Lusignan. Ce dernier fonde alors le Royaume de Chypre, d’où il espère bien entamer la reconquête de Jérusalem… reconquête qui n’aura jamais lieu. L’île devait rester aux descendants de Guy durant plusieurs générations, faisant de l’île de la déesse Vénus -ou Aphrodite-, celui des fils de la fée Mélusine -la famille de Lusignan se targuant d’être issu des amours d’un seigneur et de cette fée. En 1489, Catherine Cornaro, descendante et héritière de Guy de Lusignan, vendra Chypre à Venise, qui ne la conservera pas un siècle. En effet, en 1570, les Turcs s’en emparaient. Le joyau de la Méditerranée devait alors connaître ses heures les plus sombres : laissée à l’abandon par les Turcs, l’île était dans un état déplorable lorsque, en 1878, elle fut placée sous administration britannique. Devenue colonie de la couronne en 1925, elle devait, aux lendemains de la Seconde Guerre mondiale, devenir le théâtre d’affrontements sanglants entre Turcs nationalistes et nationalistes grecs, chacun en réclamant l’indépendance voire le rattachement à sa patrie d’origine. Une situation qui, encore aujourd’hui, est loin d’être réglée…