D’Erin en Ulster

Sceau de Jean sans Terre (1166-1216).
Sceau de Jean sans Terre (1166-1216).

Parce que le conflit irlandais était -et est encore un peu- une guerre moderne, on oublie bien souvent que l’Ulster, terre des protestants mais aussi des Anglais, est un territoire depuis longtemps séparé du reste de l’Irlande. On oublie que cela fait des siècles que l’histoire de l’Ulster est différente de celle de l’Erin -désormais l’Eire.
L’Uladt, puisque tel est le nom originel de l’Ulster, formait, au début de notre ère, un vaste royaume, comprenant près de la moitié de l’île. Démembré au IV siècle, l’Uladt allait voir la domination des O’Neil, une famille puissante, qui devait cependant s’incliner face aux troupes de John de Courcy… au XIIe siècle. C’est de cette époque que date la domination anglaise su le nord de l’île puisque c’est pour le compte des souverains anglo-normands qu’agissait Courcy. Et une domination qui ne devait pas cesser, s’étendant toujours plus, au contraire. A John de Courcy et à sa famille allait succéder Hugh de Lacy, un seigneur de la suite de Jean sans Terre qui, en 1205, prend pour la première fois le titre de comte d’Ulster. Un titre plus qu’autre chose puisque "l’Ulster" se limitait alors au seul comté de Down. Il faudra attendre les règnes d’Elisabeth Ire et de Jacques Ier pour que s’étende la domination anglaise dans le nord de l’Irlande : vers le comté de Londonderry -initialement comté de Coleraine- d’abord puis vers sept autres comtés du nord -Antrim, Armagh, Monaghan, Tyrone, Fermanagh et Cavan.
A la fin  du XIXe siècle, Ulster avait une population d’un million et demi d’habitants, parmi lesquels les catholiques n’étaient guère plus que 740 000. Dans aucune province d’Irlande les protestants n’étaient aussi nombreux ; aucune province d’Irlande n’était, non plus, aussi anglaise et depuis si longtemps. De fait, la séparation entre Erin et Ulster avait les allures d’une frontière clairement établie ; l’histoire des deux provinces étaient par trop différente et l’on comprend que ce soit en Ulster que l’opposition au nationalisme irlandais ait été la plus vive… jusqu’à engendrer la guerre civile.