De la constitution de l’Egypte à la volonté de conquête

Ramsès II et la déesse Anouké (bas-relief antique).
Ramsès II et la déesse Anouké (bas-relief antique).

Fort logiquement, les premiers siècles de l’histoire égyptienne ne sont pas ceux d’une véritable armée. Logiquement parce que le royaume n’est pas encore constitué –ou de manière temporaire-, qu’il n’y d’unité nationale que de manière accidentelle et que le régime qui prédomine, notamment sous l’Ancien empire, est celui des nomarques. L’Egypte elle-même étant en pleine constitution, ses souverains n’allaient guère se lancer dans des expéditions conquérantes et l’armée sera donc à l’image de cette « amateurisme ». Des milices levées par les nomarques des provinces, des mercenaires engagés pour l’occasion : tel sera le système en pratique jusqu’au Moyen empire. Les armées elles-mêmes sont encore au stade de l’équipement léger avec la massue –qui symbolise le commandement et qui sera ensuite une arme d’apparat du pharaon-, l’arc, la fronde et la lance. Un équipement qui n’évoluera guère au Moyen empire sauf peut-être avec l’ajout du « harpè », une sorte de petite épée courbe que l’on retrouvera sur els représentations des souverains du Nouvel empire.
Au Moyen empire, le recrutement se professionnalise et correspond, en gros, au service militaire qui aura été en application en France jusqu’en 2001. C’était au scribe des armées qu’était dévolu le recrutement pour servir temporairement le pharaon. Un service militaire qui ne permettra pas de vastes campagnes mais qui servait essentiellement à constituer des milices policières que ce soit pour faire régner la paix dans les cités ou pour protéger les convois dans les mines du désert. Enfin, une infime partie de ces contingents allaient participer aux expéditions maritimes vers le pays du Pount –sur les rives de la mer Rouge.
Ce n’est guère qu’à la fin du Moyen empire que des troupes permanentes vont être établi aux postes frontières et ce n’est guère que sous le Nouvel empire, dont les pharaons vont mettre en place une véritable politique de conquête que vont être créer des armées permanentes.
Sous la XVIIIe dynastie va apparaître la division de l’armée en corps de troupes. Désignés sous les noms des dieux –Amon ; Beauté du disque solaire, Ptah, Rê, Seth aussi sous Ramsès II. A l’époque d’Horemheb, général  d’Akhénaton avant d’accéder lui-même au titre de pharaon (de 1348 à 1320 avant J.-C.), l’armée était divisée en deux grands corps, l’un occupant le Delta et l’autre le sud du pays, notamment afin de faciliter les interventions en Nubie. Séthi Ier (1318-1304 avant J.-C.) étendra la division à trois corps, Ramsès II (1304-1237 avant J.-C.) à quatre. Chacune de ces divisions étaient elles-mêmes séparées en compagnies de deux cents hommes chacune, encore dispersés en 4 corps de 50 hommes. Chaque compagnie répondait aux ordres d’un chef de corps ou porte-enseigne.
Une belle armée nationale donc, sauf que la guerre n’était vraiment pas le fort des Egyptiens qui recruteront largement les mercenaires. De fait, sous les Ramessides, qui auront été parmi les plus conquérants des pharaons, sur 5000 hommes, 1900 sont Egyptiens contre 3100 qui étaient issus de Libye, de Nubie, pour ce qui est du corps des policiers, ou des tribus de bédouins, qui constituaient l’essentiel des archers.
Si le gros des troupes était en majorité étranger, le commandement, quant à lui, demeurait aux mains des Egyptiens. Au sommet de cette organisation, le pharaon avait officiellement le rang de commandant suprême mais c’est surtout le vizir qui, avec l’aide et le conseil du général en chef, assurait le recrutement, l’entretien et l’entraînement des troupes. Quant à l’encadrement, c’est-à-dire aux officiers, ils étaient généralement issus de l’école des scribes et pouvaient se voir proposer de brillantes carrières, notamment dans la conduite des chars. De fait, les récompenses étaient si intéressantes, les gratifications si nombreuses que cette carrière allait attirer de véritables dynasties de militaires qui, au final, vont constituer des castes distinctes. C’est des rangs de cette « aristocratie militaire » que sortiront des pharaons comme Horemheb ou Ramsès Ier.