« Défends-moi par l’épée, je te défendrai par le verbe »

Guillaume d'Occam (v.1285-1347).
Guillaume d’Occam (v.1285-1347).

Théologien, philosophe, idéologue politique même, Guillaume d’Occam se sera essayé à toutes les disciplines… avec toujours le même credo : la séparation. Entré très jeune chez les Franciscains, il s’essaie à la critique dès ses années oxfordiennes, critique qui lui vaudra d’être convoqué par le pape Jean XXII et l’empêchera d’accéder au titre de "maître". Proche des Spirituels, dont l’idéal de fidélité de l’enseignement franciscain tournait de plus en plus à la contestation tous azimuts et même à l’hérésie -dans laquelle ils finiront par tomber d’ailleurs, Guillaume d’Occam devait faire le choix de l’empereur a contrario du pape. Une prise de choix pour Louis de Bavière et pour l’idéal impérial dans son ensemble. Car de la même façon que Guillaume avait mis son intelligence au service de la foi, de l’Eglise, il va la mettre au service de l’idée de la prédominence impériale. Une idée qui oppose l’Eglise et l’empire depuis Constantin lui-même ; une idée qui fait de l’Eglise la débitrice de l’Empire, du pape le débiteur de l’empereur. Ce combat va littéralement empoisonner les dix premiers siècles de l’Eglise en tant qu’institution reconnue dans l’empire. Il va engendrer des actions aussi diverses que la création de l’Inquisition ecclésiastique, que la fondation des Etats pontificaux, que Canossa ou que la venue des Normands dans la péninsule italienne.
De fait, toute la question de l’indépendance de l’Eglise se joue dans cette affaire. Elle mettra une bonne quinzaine de siècle à se régler. L’action de Guillaume d’Occam n’en est en fait qu’un des multiples épisodes, mais il est symptomatique de l’affrontement entre les deux partis.
Defend me gladio et defendum te verbo -Défends moi par l’épée et je te défendrai par le verbe-, avait déclaré Occam à Louis de Bavière. C’est donc par le "verbe" qu’il va prendre fait et cause pour l’empereur ; non pas en faisant l’apologie du pouvoir impérial, mais en dénonçant les velléités de pouvoir temporel du pape, un pape et une Eglise qui s’éloignaient dangereusement des vérités évangéliques… De fait, les arguments politico-religieux d’Occam seront repris par les protestants, avec un certain succès, il faut le reconnaître.