Démosthène : tout sauf le Macédonien

Buste de Démosthène (384-322 avant J.-C.).
Buste de Démosthène (384-322 avant J.-C.).

Une anecdote en fait un des plus connus des orateurs grecs. Ce fils d’armurier, qui avait été dépouillé de son héritage après la mort de son père -il n’avait alors que sept ans-, s’adonnera à l’art de parler à l’école d’Isée. Mais Démosthène avait un défaut de prononciation qui le faisait railler de ses camarades. Pour y remédier, le jeune Démosthène s’entraînera à parler avec des cailloux dans la bouche. Une réussite semble-t-il puisqu’il deviendra un orateur réputé de la cité d’Athènes. Un don qu’il devait rapidement mettre au service de sa ville dont il sera un des plus ardents défenseurs. De fait, Athènes semblait le dernier obstacle aux ambitions démesurées d’un certain Philippe de Macédoine, le père d’Alexandre le Grand. Toute l’énergie de Démosthène sera mise en branle afin de tenter d’arracher les Athéniens à leur insouciance, à leur manque de perspective. Une énergie qui se traduira par des discours enflammés, les Philippiques, les Olynthiennes, le discours Contre la lettre de Philippe participent à cette tentative ultime. En vain. Car Philippe devait vaincre cette résistance par les armes. En 338 avant J.-C., il battait les Athéniens à Chéronée.
Démosthène garda cependant toute son influence, ce qui devait conduire Alexandre le Grand, qui poursuivait la politique hégémonique de son père, à se faire livrer l’orateur avec neuf de ses compères. Il ne sera sauvé que grâce à l’intervention d’un proche d’Alexandre mais devait, malgré tout, perdre tout son prestige… par sa faute même. Car s’il était bon orateur, Démosthène était également avide de biens matériels. C’est ce qui le perdra. Alors que l’intendant d’Alexandre avait trouvé refuge à Athènes avec des trésors qu’il avait pillé, Démosthène accepta de l’aider… contre "rançon". Une faiblesse, certes, mais qui sera mise au jour. Le procès qui s’ensuivit ne permit pas à l’orateur de se disculper : condamné à une amende qu’il ne pouvait payé, mis aux fers, Démosthène parviendra à s’enfuir à Egine puis à Trézène, en Argolide. Rappelé par les Athéniens après la mort d’Alexandre, il reprit son activité politique et participa au soulèvement contre Antipater. Un échec là encore. Sommé de se livrer, il prit la fuite, encore. Mais pour peu de temps cette fois-ci. Débusqué dans le temple de Poséidon, à Calaurie, il se donna la mort en 322 avant J.-C..