Des bienfaits du mécénat

Bas-relief représentant les Médicis, réputés notamment pour leur action en tant que mécènes à la Renaissance.
Bas-relief représentant les Médicis, réputés notamment pour leur action en tant que mécènes à la Renaissance.

Une entreprise finance les travaux de restauration d’un palais, d’un château, d’un tableau et aussitôt les « personnes autorisées » -par qui, mystère- poussent des cris d’orfraie, mettant tout le monde en garde contre la perte de l’indépendance culturelle, la publicité détournée. Passe encore pour ce dernier aspect. Mais est-ce vraiment parce que l’entreprise Vinci finance, à hauteur de 12 millions d’euros les travaux de la galerie des Glaces à Versailles, que la culture perd une once de liberté et d’indépendance ? A contrario, quel est l’apport culturel d’un défilé « osé », signé Lacroix, dans la chapelle de ce même château ?
Il y a peu, le magazine Marianne s’émouvait du manque de renouveau culturel, du conformisme –et on sait que sa dénonciation fait le fond de commerce du journal- en vigueur dans le milieu artistique, autant côté créateurs que côté critiques. Le magazine posait alors la question de la perte culturelle, du malaise en vigueur dans ce milieu, sans pour autant faire l’effort de poser les vraies questions.
Au regard de l’histoire, il est aisé de déterminer les grands élans culturels. Au Moyen Âge, temps de l’amour courtois, des romans de chevalerie, des cathédrales bien sûr, l’art était tout entier tendu vers un double idéal : Dieu et la fidélité. A la Renaissance, où les Antiques sont ressuscités, où la peinture et la sculpture atteignent leur apogée, c’est vers l’homme que l’homme regarde. Mais dans un cas comme dans l’autre, ces mouvements artistiques sont nés sous la protection, voire l’impulsion de mécènes. Idem au temps des Lumières, où quelques princes ou grands seigneurs ont financé avec ardeur les auteurs révolutionnaires, preuve, s’il en faut, que cette pratique n’empêche nullement l’éclosion des idées…
De fait, jamais la culture n’aura été aussi conformiste que de nos jours. Jamais non plus elle n’aura été aussi subventionnée. Assurés de voir leurs œuvres soutenues par l’argent des concitoyens, les auteurs ne sont guère préoccupés que de plaire à « l’élite » culturelle, celle, justement, dont ils font eux-mêmes partie. Une histoire de famille en somme –rondelette d’ailleurs. Et comme toutes les histoires de famille, une histoire dont on ne doit surtout pas se mêler. Que ces œuvres soient totalement hermétiques au grand public importe peu… sauf que c’est avec l’argent de l’Etat –et donc le nôtre- que sont réalisés ces « chefs-d’œuvre ».  Que ces œuvres ou ces manifestations jouent toujours le jeu du même anti-conformisme ultra conformiste –du principe qui veut que l’on fasse du « choquant » parce que c’est « tendance », que l’on fasse de l’avant-gardiste avec du réchauffé d’il y a 15 ou 20 ans-, importe peu encore à ces génies du culturellement correct. Cela importe peu car la sanction du public ne peut que révéler la carence culturelle du commun !
De fait, le dernier festival d’Avignon a, semble-t-il, sonné comme un avertissement aux chantres de la culture hermétique ; un festival où le massacre de certaines œuvres a été sifflé, hué… Un avertissement, cependant, qui ne vaut rien tant que ce sera aux Français de payer pour des œuvres apparemment réservées à une élite. Non pas que l’élitisme soit mauvais en soi, mais parce que cet élitisme culturel devrait n’être que le résultat de la tocade de quelque mécène, d’un amateur généreux. Voilà qui permettrait aux artistes de ne plus produire pour eux-mêmes, ayant déjà un spectateur de choix : leur financier.