Du culte dionysiaque aux mystères d’Eleusis

Dionysos le dieu du vin de la mythologie grecque.
Dionysos le dieu du vin de la mythologie grecque.

Né au VIe siècle avant J.-C., le culte dionysiaque traîne une réputation pour le moins erronée. Les Bacchantes latines y sont certainement pour quelque chose, ainsi qu’une vision élaborée uniquement sur les attributs les plus marquants de cette divinité.
C’est en Asie mineure, dont il porte le bonnet phrygien, que s’est d’abord développé le culte dionysiaque. Un culte entièrement tourné vers la fête débridée, vers la consommation effrénée de vin, vers une sexualité sans frein. De fait, Dionysos, fils de Zeus et de Sémélé, est, dans la mythologie grecque, le dieu du vin, du désir brutal, des arts et de l’agriculture. Deux derniers attributs qui s’effacent largement au profit des premiers ; deux attributs que l’on a tendance à reléguer, voire à occulter. Sans doute est-ce une erreur car tous ces attributs se tiennent et lorsqu’on les étudie ensemble, la vision qu’ils donnent est celle d’une divinité de la vie, de la mort et de la résurrection. Dieu de l’agriculture et du vin, Dionysos est profondément ancré dans la notion de divinité de la terre. Or c’est la terre qui régénère. C’est elle aussi qui ensevelie, accueillant les corps des défunts. Et, comme chacun sait, Dionysos est une divinité qui est né plusieurs fois. Sauvé du ventre de sa mère par Zeus, qui lui permet d’achever sa gestation dans sa propre cuisse, Dionysos devait ensuite être démembré, brûlé avant d’être ressuscité grâce à l’intervention de la déesse Rhéa. Un épisode qui fait de Dionysos le pendant d’Osiris, mais surtout une divinité de la vie et de la mort, de la vie à tout prix. C’est la célébration de cette vie que célèbre le culte dionysiaque. Un culte profondément marqué par la fête, la danse ; un culte célébrant la vie dans ce qu’elle a de plus débridée. Un culte, enfin, qui, apparaît comme une réponse à la société toujours plus encadrée, plus morale et plus contraignante qui se dessine alors.
A la même époque, l’orphisme voit le jour. Cette doctrine fondée sur la certitude d’une vie après la mort mais d’une vie dépendante de la précédente, fait au contraire la part belle à la morale, à la pureté, à l’ascétisme même. Platon, Pindare s’en font les échos annonçant, à force de purifications et d’efforts, la possibilité pour l’homme d’atteindre à un état quasi divin. C’est la première fois, dans la religion grecque antique, que l’on perçoit la possibilité pour l’homme de jouer un rôle dans sa vie après la mort, de participer à son devenir. Une spiritualité complexe donc et qui ne fera que peu d’adeptes, contrairement au plus célèbre des cultes mystiques : le culte éleusien.

Déméter, déesse de la fécondité et principale divinité du culte d'Eleusis.
Déméter, déesse de la fécondité et principale divinité du culte d’Eleusis.

Culte à mystères, dédié aux seuls initiés, le culte d’Eleusis va acquérir une popularité immense dans toute la Grèce. Plusieurs raisons à cela : la simplicité de sa doctrine -si on la compare à l’orphisme- et le retour vers une spiritualité tournée entièrement vers la nature, la fécondité naturelle et la vie. Dédié aux déesses Déméter et Coré-Perséphone, sa fille, le culte éleusien célèbre, par une série de sacrifices, par la consommation de produits issus de la terre, deux aspects essentiels pour l’homme : la vie et la mort. Une vie offerte par les dieux, notamment Déméter, divinité présidant à la fécondité de la terre, et par Coré-Perséphone qui, si elle est plus connu comme déesse des Enfers, préside également à la naissance, aux jeunes enfants. C’est donc à une célébration de la nature vivante qu’appelle le culte éleusien. Mais à une vie qui a une fin, qui conduit irrémédiablement à la mort du corps. C’est là l’autre aspect du mystère d’Eleusis : la mort, l’Au-delà. Une mort qui n’est qu’une étape pourtant, la terre offrant, encore une fois, la régénérence. Une mort enfin qui se prépare, ce qui, en ce sens, rapproche le culte éleusien de l’orphisme puisqu’on puise dans son culte la connaissance nécessaire à bien vivre sa mort, son Au-delà.
De fait, il est évident, et l’apparition de ces cultes ou de ces spiritualités en fait foi, que la spiritualité grecque a connu une rapide évolution. Une évolution qui va conduire le peuple à une quête plus personnelle, à une religion moins conventionnelle et peut-être moins convenue même si, dans les mystères également, l’aspect rituel est essentiel. Parallèlement, les religions orientales vont connaître, à travers le mithraisme, notamment, la même évolution. Une évolution qui n’est rien d’autre que la réponse à une quête spirituelle naturelle et évidente et qui se répandra dans tout le monde méditerranéen, jusqu’à Rome ou à Jérusalem.