Du sang pour les dieux

Un guerrier celte, d'après une iconographie du XIXe siècle.
Un guerrier celte, d’après une iconographie du XIXe siècle.

Récemment, le film de Mel Gibson, Apocalypto, a relancé la polémique sur l’existence de sacrifices humains en Amérique centrale. Une polémique totalement stérile car faussée, les partisans de nier cette réalité historique avançant l’idée que c’était rabaisser la civilisation maya que d’affirmer une telle chose. C’est oublier que les sacrifices humains ont été le lot de toutes les civilisations européennes ! A-t-on oublié l’épisode d’Iphigénie, sacrifiée par son père Agammemnon pour obtenir des dieux un vent favorable ? Les chroniques racontent également qu’en Irlande saint Patrick aurait renversé une «  idole » sur laquelle on sacrifiait des nouveaux-nés. D’ailleurs, toujours selon les textes anciens, les Irlandais ne buvaient-ils pas du sang dans des crânes humains ? Un  acte que pratiquaient aussi les Lombards, les Germains et certaines tribus du lointain Ukraine. Tite-Live et Diodore de Sicile évoquent à leur tour la «  chasse aux tête » et rapportent que le général Posthumus –au nom prédestiné- finit… comme coupe de cérémonie. Ainsi les dieux garantissaient-ils la paix aux vainqueurs.
Le fameux chaudron de Gundestrup.
Le fameux chaudron de Gundestrup.

Et quand ce n’étaient pas des crânes, on utilisaient les fameux chaudrons. Le cratère est Vix est peut-être à placé dans cette catégorie ; le chaudron de Gundestrup en fait partie c’est certain. Les sculptures qui l’ornent racontent la fonction de ce chaudron du Ier siècle av. J.-C. et qui fut découvert dans une tourbière du Jutland. On y voit notamment un homme immense –comparée au reste des représentations-, sans doute un dieu ou un druide, tenant un homme au-dessus d’un chaudron. Vraisemblablement la victime doit être égorgée, comme cela se faisait en Irlande ou comme le fut « l’homme de Lindow ». Le corps de ce jeune homme a été découvert admirablement conservé dans la tourbe en 1984. Et il apparaît qu’il a été étranglé avant d’être égorgé. Auparavant il avait ingurgité un repas rituel contenant du pollen de gui, ce qui implique l’intervention de druides. Nous sommes donc en présence d’un sacrifice et d’un sacrifice rituel.
L’archéologie le prouve
Il ne semble pas, d’ailleurs, qu’il y ait eu aucune autre forme de sacrifice que celui impliquant un rituel, même s’il est généralement associé à la guerre. On tue le vaincu pour remercier les dieux de la victoire, pour en obtenir une nouvelle, pour acquérir sa force. C’est ce que rapporte Diodore de Sicile et c’est également ce que confirme l’archéologie. A Gournay-sur-Aronde, dans l’Oise, les archéologues ont mis au jour des ossements de soldats morts au combat ou victimes de sacrifice, alors liés pour l’éternité. A Roquepertus, près de Marseille, ce sont des piliers ornés de crânes enchassés qui ont été mis au jour.
La pratique des Vikings, quant à elle, paraît avoir un usage double : certes, le sacrifices de prisonniers doit favoriser la victoire mais il apparaît également qu’il avait aussi vocation à effrayer les ennemis. C’est ainsi que les « hommes du Nord » mirent à mort cent onze de leurs prisonniers, sous le regard horrifié de l’armée de Charles le Chauve…
Quand la mort donne la vie
Remercier les dieux mais aussi s’approprier le courage des guerriers vaincus : voilà la vocation des sacrifices rituels. C’est pourquoi, immanquablement, nous devons évoquer le cannibalisme rituel.
Le Pactus legis salicae évoque le cannibalisme rituel des sorcières ou des striges, qui utilisent là aussi les chaudrons. Sidoine Apollinaire, quant à lui, donne la piste des sorcières qui dévoraient le cœur de leur victimes. Ainsi agissaient les Varègues (Suède), les Goths ou encore les Lombards… jusqu’au VIIe siècle !
Mais au fond, peut-on voir une raison « raisonnable » aux sacrifices rituels ? La première est sans doute que tous ces peuples croyaient en une vie après la mort et que c’était donc un moyen de s’approprier «  l’âme » du sacrifié. Vient ensuite l’idée que la mort impliquait un renouvellement, de l’ordre du sacré, vers une vie nouvelle. Et n’est-il pas étonnant que, selon la tradition scandinave, ce soit Freya, déesse de la fécondité qui soit à l’origine des sacrifices humains ?
Sacrifice aidant au renouvellement et à la vie, les sacrifices humains vont en fait bien au delà de la simple barbarie.