Epicure : pour le plaisir

Buste d'Epicure (342-270 avant J.-C.).
Buste d’Epicure (342-270 avant J.-C.).

Parce qu’il se veut l’apôtre d’une vie sans dieux, sans superstition, où seul le plaisir de l’homme compte, on a trop souvent tendance à associer l’épicurisme à la transgression, au plaisir des sens assouvi sans limite. Pourtant, la philosophie ou plutôt le modèle de vie prôné par cet Athénien du IVe-IIIe siècle avant J.-C. se veut d’abord comme une opposition à la religion grecque de l’époque. Fils d’une magicienne, Epicure vouait une haine sans limite à tout ce qui touchait à la superstition. Or, la religion grecque est entièrement, alors, tournée vers la superstition. Le succès de la Pythie, sensée révéler aux hommes le désir des dieux, mais également celui des cultes à mystères comme le culte dionysiaque et, surtout, le culte éleusien sont pétris de rituels, de croyances qui, pour certains, se limite à de la superstition. De fait, si la religion grecque originelle est une religion presque étatique, que l’on pratique avec ses concitoyens, elle est surtout une religion qui n’implique jamais l’individu si ce n’est à l’occasion de quelques sacrifices. En quête d’une religion plus personnelle, d’une véritable spiritualité, les Grecs vont alors se tourner, toujours plus nombreux, vers les cultes à mystères qui, s’ils font la part belle au rituel, invitent à une implication de l’homme, annoncent la nécessité d’agir pour se sauver. Une conception très moderne donc, presque chrétienne mais qui, mal comprise, peut se révéler désastreuse. C’est ainsi qu’il faut comprendre les excès du culte dionysiaque, comme plus tard des Bacchanales ; c’est également comme cela qu’il faut comprendre l’épicurisme. Un mode de vie qui se veut une réaction à ces excès commis au nom d’une religion mal comprise, apparentant cette religion à de la superstition.
Réaction à des excès, l’épicurisme va, rapidement, connaître le même sort, le même dévoiement que les religions qu’il combattait. Car si Epicure prônait le plaisir, c’était le plaisir durable, calme. Les passions érotiques, la recherche effrénée de pouvoir : autant d’occasions de souffrir et donc autant d’occasions de fuir. L’indifférence aux dieux, l’indifférence à la vie après la mort et la seule préoccupation du présent et du bien du corps : telle était la philosophie d’Epicure. Une philosophie qu’il va détailler dans près de 300 ouvrages. Mais une philosophie qui va se répandre en se dévoyant, donnant alors au plaisir des sens, à son assouvissement à tout prix, la première place. Un destin qui explique sans doute que l’on fasse de l’épicurisme la philosophie de toutes les décadences…