Fronde : l’éternelle révolte des princes

La duchesse de Montpensier, fille de Gaston d'Orléans, canonnant les armées royales (gravure du XIXe siècle).
La duchesse de Montpensier, fille de Gaston d’Orléans, canonnant les armées royales (gravure du XIXe siècle).

On peut à loisir multiplier les explications sur les débuts de la Fronde : la pression fiscale alourdie avec la guerre de Trente Ans pour les bourgeois et les parlementaires, la résistance à l’absolutisme ébauché par Richelieu, il n’en demeure pas moins que cette révolte des princes a comme un air de déjà vu. Tout est à mettre au compte de la minorité de Louis XIV.
N’est-il pas curieux, en effet, de constater que quasiment toutes les minorités ont donné lieu en France à une révolte nobiliaire ? Clovis II, qui monte sur le trône à l’âge de quatre ans, subira la mainmise des maires du Palais et la prise de pouvoir progressive des Pippinides. Lothaire ne devra sa survie politique qu’au soutien de son oncle, l’empereur germanique Othon le Grand et au bon vouloir d’Hugues le Grand, un Robertien, surnommé le " faiseur de rois ". Saint Louis, bien sûr, dont la mère prendra les armes pour résister aux nobles. Charles IX, enfin, qui subira la révolte des grands aux travers des guerres de religion –une excuse comme une autre. Et la liste est loin d’être exhaustive. Pas une dynastie qui n’ait connue les dangers de la minorité.
Au final, d’ailleurs, les Mérovingiens, taxés après le règne de Clovis II d’être des rois fainéants, laisseront la place aux Carolingiens ; eux-mêmes passeront sous la coupe des Robertiens et ne s’en relèveront pas. On ne voit pas bien pourquoi, alors, les Bourbons auraient dû y échapper… Peut-être était-ce, au fond, l’idée sous-jacente des princes révoltés de la Fronde.
Trop longtemps bridés par un cardinal-ministre omnipotent, ils se voyaient désormais assujettis aux décisions de son successeur désigné, Mazarin, qui n’était même pas Français ! Pis même, cette « éminence » n’était pas même prêtre…
Au final, la Fronde n’entraînera pas de changement dynastique comme l’espérait sans doute Gaston d’Orléans, oncle du jeune roi et conspirateur « professionnel », ou comme le désiraient Condé et son frère Gondi, cousins du roi, ou comme le souhaitait peut-être Beaufort, un bâtard d’Henri IV. Non seulement, elle n’allait pas bouleverser la donne, mais au contraire, elle allait conforter Mazarin, et après lui son disciple en absolutisme, Louis XIV dans la nécessité de brider cette noblesse par trop tumultueuse. Occupée par les guerres et les fêtes versaillaises, la noblesse va perdre jusqu’à son âme sous la main de fer du Roi-Soleil, devenant une sorte « d’animal de compagnie », domestiqué, craintif mais toujours teigneux…