Galilée : martyr de l’Inquisition ?

Galileo Galilei, Galilée en français (1564-1642).
Galileo Galilei, Galilée en français (1564-1642).

Décidément, certains mythes ont la vie dure. Allez savoir pourquoi, on brode à souhait et depuis des siècles, sur l’obscurantisme de l’Eglise toujours prête à rejeter la science. La preuve : n’est-ce pas l’Inquisition qui a condamné Galilée ? Et pourquoi, je vous le demande ! Parce qu’il disait que la terre était ronde ! Evidemment, devant de tels arguments, on ne peut que taxer l’Eglise d’avoir été rétrograde et Galilée fait presque figure de martyr. Mais voilà, jamais l’Eglise n’a récusé le fait que la terre soit ronde –ce n’était d’ailleurs pas, mais absolument pas le propos de Galilée- et le pseudo « martyr »  n’en était pas un.
Galileo Galilei –Galilée en français- attire tout jeune l’attention de ses maîtres de l’université de Pise par l’ampleur de ses connaissances et l’originalité de ses recherches. Découvreur à 19 ans, inventeur d’une balance hypostatique dans la foulée, il devient, en 1589, soit à 25 ans à peine, professeur de mathématiques à Pise puis obtient, trois ans plus tard, la chaire de mathématiques de l’université de Padoue. Une fonction qu’il occupera pas moins de dix-huit ans.
On ne sait pas trop à quel moment il tiendra pour vrai les théories de Copernic, mais il est à peu près certains qu’il le fait définitivement siennes après la découverte des quatre satellites de Jupiter (1610). Une découverte d’ailleurs obtenue grâce à une lunette astronomique de sa fabrication.
En 1543, la veille de sa mort, l’astronome polonais avait rédigé les résultats de ses études… Des résultats révolutionnaires ! En effet, il était communément admis par la communauté scientifique –et donc par l’Eglise- que la terre était au centre de l’univers et que le soleil, les astres et les planètes tournaient autour d’elle. C’est ce qu’on appelle le système de Ptolémée (astronome-géographe du IIe siècle après J.-C.).  Or Copernic rapporte que le centre du système est le soleil, autour duquel tourne la terre, qui subit alors une double rotation, autour de l’astre et sur elle-même. Il rapporte, mais ne démontre rien… d’où les polémiques qui s’ensuivront, notamment celle de Galilée.

Galilée scrutant les étoiles, d'après une iconographie du XIXe siècle.
Galilée scrutant les étoiles, d’après une iconographie du XIXe siècle.

Scientifique reconnu, renommé et même recherché pour son esprit autant que pour sa culture immense (il compte alors parmi les proches du duc de Toscane qui lui alloue une villa et une pension de 1000 écus), Galilée était également doté d’un caractère porté sur le sarcasme, la moquerie, la dérision ; un «  fort en gueule » poourait-on dire. Des défauts qui, de la part d’un esprit aussi doué que le sien, devaient lui attirer la rancune et l’inimité de ses victimes. Et lorsqu’il rédige, en 1613, son Histoire et démonstration interne à la marche du soleil, ouvrage dans lequel il prend fait et cause pour les thèses copernicienne, il se voit attaqué de toutes parts. En fait, il apparaît que Galilée va tout faire pour provoquer la polémique. En 1616, le Saint-Office –c’est-à-dire l’Inquisition- condamne les thèses de Copernic et Galilée semble accepter ce choix. Le second procès en Inquisition en se jouera d’ailleurs que plus de quinze ans après et les faits ont alors un tout autre relief. Invité par le pape Urbain VIII –qui est un de ses protecteurs- à présenter les deux systèmes, celui de Ptolémée et celui de Copernic, de manière impartiale, Galilée rédige, en 1633, le Dialogue sur les deux grands systèmes du monde. Mais point d’impartialité dans ce Dialogue où le Florentin fait la part belle aux théories de Copernic et où, surtout, il se raille de la communauté scientifique. Il « règle ses comptes », avec un don du sarcasme et du mépris qui devait en exaspérer plus d’un. On s’en doute, Dialogue provoque un tollé et, en 1633, Galilée est à nouveau convoqué devant le tribunal du Saint-Office, face auquel il se rétracte sans attendre d’ailleurs. Il sera pourtant condamné… à rester dans sa villa de Toscane et à réciter durant trois mois, à raison d’une fois par semaine, les sept psaumes de la pénitence ! Voilà ce que fut le « martyr » de Galileo Galilei !