Guillaume d’Aquitaine, le roi des troubadours

Guillaume IX d'Aquitaine et sa cour (1071-1127).
Guillaume IX d’Aquitaine et sa cour (1071-1127).

Paradoxalement, c’est à un «  grand trompeur de dames, riche en aventures galantes », selon ses contemporains, que l’on doit ce qui va devenir un véritable art de vivre après avoir été un art littéraire : l’amour courtois.
Guillaume IX d’Aquitaine est à peine âgé d’une quinzaine d’années lorsque, en 1085, il succède à son père à la tête du duché d’Aquitaine. Il prend alors possession d’un immense domaine qui s’étend de la Gascogne aux marches de l’Auvergne, ce qui fait de lui un des plus puissants féaux du royaume de France. S’il n’a guère marqué son époque au regard du politique, excepté quelques actions dans la Reconquista, l’empreinte intellectuelle qu’il a laissé est indéniable.
Amateur de bonne chère et de «  bonne chaire », poète à ses heures, volontiers licencieux dans ses propos ou ses écrits, Guillaume le Troubadour a laissé onze chansons au total, dont quatre qui marquent la naissance du fin amor, dit aussi amour courtois.
Où nous mîmes à la guerre fin,
Quand elle me donna un don si grand,
Son amour et son anneau :
Que Dieu me laisse vivre tant
Quand j’aie mes mains sous son manteau !

Le «  roi des troubadours » y célèbre, en langue d’oc, l’amour avec délicatesse infinie, un art consommé de la poésie et de la rime. Et c’est un véritable genre littéraire qui va éclore et rapidement se propager, grâce aux troubadours, à travers toute l’Europe. Deux siècles durant, il va marquer de son empreinte indélébile le Moyen Âge ; deux siècles qui vont voir également son évolution. Car l’amour courtois se fait plus distant : il célèbre l’amour idéalisé, inaccessible d’un chevalier pour la Dame de ses pensées –généralement la femme de son suzerain. Jamais assouvi, il est l’amour pur et quasi mystique de Lancelot pour Guenièvre, de Tristan pour Iseult.
Mais cette évolution est-elle naturelle ? Telle est la question que pose l’historien. En effet, ne pourrait-on y voir une illustration supplémentaire des règles de féodalité, de vassalité ? La Dame, l’épouse du suzerain au centre des joutes poétiques, faisant alors figure de médiatrice dans les liens qui unissent le seigneur et son vassal. Un  hommage sans cesse renouvelé.