Guillaume Tell, un héros scandinave ?

Statue de Guillaume Tell.
Statue de Guillaume Tell.

Un pays sans héros est un pays sans histoire. Héros fondateur, héros de l’indépendance, héros guerrier tout simplement : chaque pays a su trouvé, au cours de son histoire, un homme ou une femme qui, plus que tout autre, incarnait l’idéal de tout un peuple. Et c’est ainsi que se construit une nation. C’est ainsi que la France a élevé Jeanne d’Arc au rang d’héroïne, que le Cid incarne l’idéal espagnol et que la Suisse se reconnaît dans le personnage de Guillaume Tell. Pourtant les Suisses comme els autres savent fort bien que leur héros n’est qu’un mythe.
L’histoire se déroule au XIVe siècle, alors que la Suisse fait partie du Saint Empire romain germanique. Sévissait alors dans le canton d’Uri un certain Herman Gessler, bailli de son état, qui profitait de son statu pour taxer lourdement la population, pour la terroriser même, emprisonnant à tour de bras. Son orgueil était si grand, sa fourberie telle qu’il avait érigé un grand mât, au centre du bourg d’Altdorf , et exigé que chacun salue son couvre-chef, placé en haut du mât. Le contrevenant risquait gros… Le contrevenant sera Guillaume Tell, le meilleur archer du canton. Plutôt que de l’expédier illico en prison, Gessler décida de mettre l’habileté de l’archer à l’épreuve : il fit placer une pomme sur la tête du fils de Tell, attendant de ce dernier qu’il transperce le fruit à plus de cent pas de distance. Guillaume Tell viendra à bout de l’épreuve d’un carreau, mais ce coup de maître ne satisfaisait toujours pas le bailli qui fit ligoter l’archer et son fils et les embarqua sur le lac de Lucerne avec pour destination finale la forteresse de Kussnach.
Alors qu’ils étaient au milieu du lac, une violente tempête se déclara, mettant l’embarcation en péril. Comme Tell était aussi bon marin qu’albalétrier, le bailli le fit libérer, avec ordre de les ramener sain et sauf sur la berge. Le héros guida bien la barque mais, alors qu’ils allaient toucher terre, il prit son fils dans ses bras, sauta hors de l’embarcation et repoussa celle-ci vers le lac. Prenant son arbalète, il visa Gessler et l’abattit. Cet acte devait donner le coup d’envoi d’un soulèvement de toute la Suisse qui se libéra du joug autrichien et donna naissance à la Confédération helvétique.
Héros fondateur autant que héros de l’indépendance, Tell, on l’a dit est une légende. Pourtant, il n’en a pas toujours été ainsi pour les Suisses qui, des siècles durant, lui accordèrent une place de choix dans leur histoire. Ce n’est finalement qu’au XIXe siècle que la légende de Guillaume Tell fut mise en doute, sans pour autant que la ferveur dont l’entouraient les Suisses s’altère. De héros historique, il devint un héros légendaire, dont les historiens n’ont eut de cesse de découvrir l’origine. Certains on voulu y voir la résurgence d’un mythe celte, d’autre penchent pour une fabrication « maison » basée sur quelques faits historiques. De fait, il semble bien que cette légende dépasse les frontières des cantons suisses. La Gesta Danorum, rédigée au XIIe siècle par Saxo Grammaticus, évoque l’histoire d’un archer du nom de Toke qui, après avoir vanté son habileté, se fit mettre au défit de transpercer d’une seule flèche une pomme sur un piquet. Pour pimenter l’exercice, le roi fit placer la pomme sur la tête du fils de Toke qui, à l’égal du héros suisse, transperça le fruit. Les similitudes entre les deux histoires permettent, effectivement, de voir en Toke l’ancêtre de Guillaume Tell. Quant à savoir comment la légende scandinave parvint en Suisse, certains historiens font valoir le fait que lors d’une famine, des populations de l’île de Gotland auraient émigré vers la Suisse et s’y seraient établis. Et c’est ainsi que Toke, l’archer scandinave, devint le héros national de la Suisse.