Hadès, le dieu invisible

Statue du dieu des Enfers, Hadès.
Statue du dieu des Enfers, Hadès.

Alors qu’il y a tant à dire sur le royaume des morts, force est de constater que son maître, Hadès, paraît relativement insipide. Fils de Cronos et de Rhéa, frère de Zeus, il compte, logiquement, au nombre des Olympiens. Du moins le devrait-il. Pourtant, son statut de divinité olympienne est fortement discutée par les spécialistes. Il faut dire qu’Hadès n’apparaît que fort peu dans la mythologie grecque, qu’elle soit Homérique ou classique. Eschyle lui conteste même son rôle de juges des morts ! Pourtant, n’est-ce pas de son nom même que l’on désigne le plus souvent le monde des morts, l’Erèbe homérique ?
Maître d’un monde peuplé d’âmes errantes et à demi conscientes à l’époque homérique, Hadès devrait étendre son pouvoir au fur et mesure que les Enfers « s’éveillent », devenant le lieu des peines et des consolations. Pourtant il n’en est rien et plus les Enfers sont décrits, plus les auteurs anciens lui dénient le moindre rôle. Et qu’est-ce qu’un dieu des Enfers qui n’en est pas même le juge suprême ? Zeus, puis Rhadamante, Minos et Hermès, chez Platon, vont lui disputer ce rôle.
Fresque antique représentant Hadès et Perséphone accueillant une âme conduite par Hermès.
Fresque antique représentant Hadès et Perséphone accueillant une âme conduite par Hermès.

Pourquoi également, alors que les écrits sur les Enfers se multiplient, que les morts se font omniprésents dans la mythologie, Hadès est-il si peu visible ? A peine deux apparitions dans le monde des vivants et la visite de quelques héros, comme Thésée. De fait, Hadès est la divinité la moins présente de la mythologie olympienne. Associé pour l’éternité à Perséphone, son épouse, il fait bien pâle figure comparé à la déesse des Enfers ; tout juste si on lui accorde un culte à Eleusis –lieu par excellence du culte de Coré-Perséphone et de Déméter, sa mère. Comme si Hadès ne pouvait recevoir d’hommage qu’à travers ceux rendus à son épouse… Au final se pose sérieusement la question de savoir si Hadès est une divinité ayant donné son nom au lieu qu’elle est sensée dominer ou si ce n’est pas plutôt un lieu qui a été divinisé. Hadès serait alors une incarnation des Enfers, chargé d’accompagner Perséphone et non l’inverse. Comme elle, d’ailleurs, Hadès a une fonction positive : il est Plutôn, « Celui qui enrichit » et Eubouleus « le Bon conseiller », de la même façon que Perséphone est dispensatrice de richesses autant que déesse régnant sur les morts. Et dans le couple infernale, Perséphone est clairement associée à la Terre, cette terre qui est partie du cosmos, cette terre qui apporte la fécondité et la vie, cette terre, enfin, qui recueille les corps en un cycle parfait et naturel. De fait, Perséphone apparaît comme la seule vraie divinité des Enfers, ce qui expliquerait le peu de place accordée au frère de Zeus dans la mythologie. Hadès finit d’ailleurs par n’être qu’une divinité invisible, un état expliqué dans la mythologie grecque par le Kunéê, la casque qui rend invisible et que lui auraient offert les cyclopes avant le combat contre les Titans. Hadès, un dieu invisible parce qu’il ne serait jamais que l’incarnation tardive du monde dans lequel il vit, c’est-à-dire les Enfers.