Hadrien : les limites de l’empire

Buste de l'empereur Hadrien (76-138).
Buste de l’empereur Hadrien (76-138).

S’il y eut un empereur pacifique : c’est certainement Hadrien. Telle est, du moins, la réputation qu’on lui prête, un peu rapidement semble-t-il. Une réputation qui doit beaucoup à son amour des lettres et des arts –notamment l’art monumental- et à l’arrêt, sous son impulsion, de la politique expansionniste de Rome. Pourtant, Hadrien ne se montera guère humaniste dans la gestion de la révolte des juifs ; pas plus qu’il ne se révélera pacifique lorsqu’il fit assassiner quatre sénateurs qui s’opposaient à lui. Pourtant, la légende perdure ; une légende fondée sur une incompréhension de la politique d’Hadrien qui, s’il cessa de vouloir conquérir toujours plus de territoires, misa sur un renforcement de l’empire existant, sur une réorganisation de l’administration et du pouvoir, au détriment, d’ailleurs, des sénateurs.
Neveu par alliance de l’empereur Trajan adopté par celui-ci et reconnu au lendemain de sa mort (117 après J.-C.) par l’armée, Publius AElius Hadrianus va en réalité agir en véritable autocrate. Et sans doute est-ce ce qui sauvera l’empire. A peine a-t-il accéder au pouvoir qu’il met un terme aux visés expansionniste de son prédécesseur : il met un terme à la guerre contre les Parthes, instaure la frontière orientale de l’empire aux limites de l’Euphrate, renforce le limes germanique –tout en conservant la Dacie, province riche- et fait construire, au nord de l’empire, le fameux mur d’Hadrien destiné à mettre un terme aux incursions des Pictes et des Calédoniens (122-127 après J.-C.).
De fait, la politique territoriale d’Hadrien revient à limiter les frontières de l’empire et, parallèlement, à solidifier son unité. Pour ce faire, il met réorganise l’administration –ruineuse et peu efficace-, substituant notamment la régie direct à la ferme par la perception des impôts ; retirant des mains du Sénat l’administration de l’Italie et confiant au conseil impérial les affaires politiques. Enfin, il tente de repeupler les domaines impériaux –nécessaires à la prospérité du trésor- en encourageant les baux à longs termes et les associations de paysans. Dernier coup porté au sénat, il l’ouvre aux Grecs, sans doute autant pour créer un second pôle politique dans l’empire, pôle qui serait plus oriental, que par amour de cette civilisation.
Administrateur de génie, Hadrien va faire beaucoup pour la stabilité et l’unité de l’empire. Mais il le fera comme un autocrate. Quant aux révoltes qui éclateront dans l’empire, notamment celle des juifs en 132, il les réprimera dans le sang : Jérusalem sera détruite, la Judée érigée en province de Syrie-Palestine et les juifs expulsés (135 après J.-C.). A sa mort, Hadrien sera même tellement haï, que son successeur –désigné par lui-même d’ailleurs, Antonin le Pieux aura toutes les peines à lui faire rendre les honneurs…