Hanovre : entre Allemagne et Angleterre

Georges V de Hanovre (1819-1878).
Georges V de Hanovre (1819-1878).

Avant d’être annexé par la belliqueuse Prusse en 1866, le duché de Hanovre, bordé par les Pays-Bas d’un côté, la mer du Nord de l’autre et l’Elbe du troisième, était une terre riche et convoitée. Riche parce qu’elle était par nature un lieu de passage ; convoitée parce qu’une telle richesse ne pouvait que faire des envieux.
Territoire des Chérusques -que les Romains échouèrent à soumettre-, des Lombards et des Chauques, Hanovre fut ensuite largement occupé par les Saxons. Intégré au duché de Bunswick, l’Etat de Hanovre ne se constitua qu’après la réunion, au Moyen Âge, de plusieurs principautés issues des diverses branches de la famille de Brunswick. Ce n’est qu’au XVIIe siècle qu’Ernest-August, duc de Brunswick-Lüneburg, obtint de l’empereur Léopold Ier un acte qui lui conférait, à lui et à ses descendants mâles par ordre de primogéniture, la dignité électorale. Un acte qui unifiait les quatre provinces de Lüneburg, Kalenberg, Göttingen et Grubenhagen et qui donnait à ce nouvel Etat une véritable indépendance.
Marié à Sophie, fille de l’électeur palatin et petite-fille de Jacques Ier Stuart, Ernest-August avait également acquis quelques droits possibles à la succession de la couronne d’Angleterre. Poursuivant la politique indépendantiste, unioniste et matrimoniale de son père, Georges-Louis devait unir à ses domaines le reste de l’ancien duché de Brunswick en épousant Sophie-Dorothée, qui en était l’héritière.
C’est lui également qui, conformément à l’Acte d’établissement de 1701 et en tant qu’héritier de la reine Anne, devait monter sur le trône d’Angleterre en 1714 sous le nom de Georges Ier. De 1714 à 1837, le duché de Hanovre devait donc être gouverné par les rois d’Angleterre, sans pour autant intégrer le royaume. Cela ne devait d’ailleurs pas empêcher les rois d’Angleterre d’agir conformément aux besoins de leur duché d’origine. Ainsi, Georges Ier devait forcer le roi de Danemark à lui céder les duchés de Brême et de Verden et Georges II acquérir le pays de Hadeln et le comté de Bentheim. Enfin, en 1802, l’évêché d’Osnabrück allait être la dernière acquisition du duché de Hanovre.
Napoléon Ier étant empereur de France et l’Angleterre ayant rompu la paix d’Amiens (1803), le Hanovre fut immédiatement occupé par la France qui, trois ans plus tard, allait le céder à la Prusse, l’occupant pourtant un an plus tard. Le duché fut alors démembré, une partie allant au royaume de Westphalie, à la tête duquel se trouvait Jérôme Bonaparte, et le reste intégrant tout simplement l’empire français. En 1813, les Hanovriens seront les premiers à se soulever contre les Français, ce qui devait lui valoir de recouvrer son indépendance et de devenir un royaume après le congrès de Vienne (1814). Séparé de l’héritage anglais après l’accession au trône britannique de Victoria -en Hanovre, la primogéniture mâle perdurait-, le Hanovre devint le royaume du duc de Cumberland, frère cadet de Guillaume IV d’Angleterre qui prit le titre de roi sous le nom d’Ernest-August Ier. Obligé, après la révolution de 1848, d’accepter une constitution, Ernest-August devait léguer à son fils, Georges V, un royaume fragilisé. Fragilisé par l’absence, désormais, de soutien britannique et par la montée en puissance de la Prusse, lancée dans une politique d’unification de toute l’Allemagne. Au final et malgré une alliance avec l’Autriche, le Hanovre dut capituler devant les troupes prussiennes qui, en 1866, permirent l’annexion de ce royaume qui ne fut plus qu’une province parmi les autres.