Hatchepsout, « pharaon » d’Egypte

Hatchepsout, d'après une statue antique.
Hatchepsout, d’après une statue antique.

Hatchepsout. Ce nom ne vous est pas inconnu ? Rien de plus normal, il circule sur toutes les ondes. En effet, sa momie vient d’être retrouvée et identifiée dans les sous-sols même du musée du Caire. Une momie de plus ? Peut-être, mais il s’agit de la momie d’une reine devenue pharaon. D’une souveraine du XVe siècle avant J.-C. qui su gouverner avec le désir de faire prospérer son pays, de favoriser le commerce, notamment vers le riche pays du Pount –situé sur les rives arabe et africaine de la Mer rouge. Une souveraine qui désira marquer les mémoires par une politique artistique et architecturale d’envergure, comme le rappel le temple de Deir el-Bahari. Une souveraine enfin dont el nom sera systématiquement effacé des listes royales, rayé de tous les monuments par son successeur, Thoutmôsis III. D’où provenait cet acharnement, cette haine qui poursuivra la reine-pharaon jusqu’après sa mort ? De sa prise de pouvoir, de son usurpation diront certains. Mais d’usurpation, il n’y en eut jamais, Hatchepsout étant la reine légitime.
Fille de Thoutmôsis Ier, Hatchepsout va, à la mort de ce dernier, régner conjointement avec son demi-frère devenu son époux. Comme le voulait la règle de légitimité dynastique, le pharaon n’ayant pas eu de fils avec sa première épouse –qui était sa sœur-, c’est un fils né de son union avec une seconde épouse qui devait prendre le titre de pharaon… à condition d’épouser une des filles du pharaon précédent et de sa première épouse. Une union nécessaire afin de conserver le sang divin d’Amon-Ré sur le trône d’Egypte. Un sang qui devait être le plus pur possible. De fait, donc, et comme le voulait la coutume, à la mort prématurée de Thoutmôsis II, c’est son épouse, Hatchepsout, fille légitime du pharaon Thoutmôsis Ier, qui devait assurer le gouvernement du pays, conjointement avec ses enfants. Mais le mariage de Thoutmôsis II et d’Hatchepsout n’avait engendré que des filles. C’est donc un fils né d’une seconde épouse qui devait régner avec elle. Le sang divin des dieux finissait par ne pas être si pur que cela. Et il est évident que la reine avait une conscience très claire de son statu de demi-déesse. Un statu que le fils de son demi-frère n’atteindrait jamais. Malgré tout, il fallait respecter les « convenances ».
Thoutmôsis III épousa-t-il Hatchepsout comme le suggère une inscription la désignant comme « sa sœur et sa divine épouse » ? L’histoire d’Hatchepsout suggère plutôt que Thoutmôsis III épousa une des filles d’Hatchepsout et de Thoutmôsis II. Car si la reine avait épouser son neveu, pourquoi aurait-elle éprouvé le besoin de se faire représenter en Osiris, portant barbe et vêtements masculins ? Pourquoi aurait-elle fait reproduire sa « naissance divine », comme fils d’Amon-Ré, sur les parois de son temple funéraire ? Pourquoi, enfin, aurait-elle totalement relégué Thoutmôsis III à un rôle de représentation, à un rôle d’ombre ?
Hatchepsout, devenu le « fils » de Ré, règnera quinze ans sur l’Egypte pharaonique en lieu et place de son neveu. A sa mort, vers 1470 avant J.-C., Thoutmôsis III s’emparera du pouvoir et s’acharnera à effacer de la mémoire collective celle qui compte parmi les plus grands « pharaons » d’Egypte.