Héloïse et Abélard : une histoire romancée

Héloïse et Abélard, d'après le tableau d'Edmund Blair Leighton (1882).
Héloïse et Abélard, d’après le tableau d’Edmund Blair Leighton (1882).

Tout le monde connaît l’histoire d’Héloïse et Abélard ; du moins, tout le monde pense la connaître. Voici donc cette aventure telle qu’elle est rapportée par les historiens du XIXe siècle et, à leur suite, par certains de nos contemporains.
Issu de la petite noblesse bretonne, Pierre Abélard, né en 1079, préfère les études à la carrière des armes et, abandonnant ses prérogatives d’aîné, devient l’élève du maître en théologie Guillaume de Champeaux à Paris. Il fonde sa propre école de pensée, basée sur la logique aristotélicienne et son enseignement, qui annonce déjà celui de saint Thomas d’Aquin, provoque un engouement immense dans le milieu universitaire.
En 1118, déjà chanoine de Notre-Dame de Paris, Abélard, qui n’a pas encore été ordonné prêtre, s’éprend de sa jeune élève, Héloïse, nièce d’un autre chanoine, Fulbert.
Les deux amants prennent la fuite et se marient dans la clandestinité. Ils ne peuvent cependant pas échapper à la colère de Fulbert qui fait émasculer Abélard. Ce dernier prend alors l’habit monacal à Saint-Denis et Héloïse entre au couvent du Paraclet.
Voilà donc une aventure qui ressemble sur bien des points à celle de Tristan et Iseult : amour impossible, contrecarré par un homme de pouvoir et qui finit tragiquement. Fort bien, mais c’est oublier le rôle d’Abélard ainsi que celui d’Héloïse, pauvre fille menée dans un couvent après avoir « fautée ».
Rappelé par ses élèves, Abélard va reprendre son enseignement et s’opposera à saint Bernard en tentant d’accommoder la raison avec la Révélation. Condamné pour la seconde fois par les tribunaux ecclésiastiques, il se réfugiera auprès de son ami Pierre le Vénérable, abbé de Cluny et, réconcilié avec la papauté, s’installera finalement au prieuré clunisien de Saint-Marcel où il mourra, en avril 1142.
Quant à Héloïse,  qui, lorsqu’elle rencontre Abélard, elle a déjà acquis une solide culture classique -philosophie et littérature-, elle va entretenir une correspondance –célèbre- avec son ancien amant. Mais bien plus à une discussion théologique ou philosophie qu’à un entretien amoureux que l’on assiste. C’est d’ailleurs elle qui demandera à Abélard de rédiger un programme d’éducation -comprenant le grec, l’hébreu, le latin- afin de développer, chez les religieuses de son couvent, une meilleure compréhension de l’Écriture.

Héloïse et Abélard : une histoire romancée

Héloïse et Abélard, d'après le tableau d'Edmund Blair Leighton (1882).
Héloïse et Abélard, d’après le tableau d’Edmund Blair Leighton (1882).

Tout le monde connaît l’histoire d’Héloïse et Abélard ; du moins, tout le monde pense la connaître. Voici donc cette aventure telle qu’elle est rapportée par les historiens du XIXe siècle et, à leur suite, par certains de nos contemporains.
Issu de la petite noblesse bretonne, Pierre Abélard, né en 1079, préfère les études à la carrière des armes et, abandonnant ses prérogatives d’aîné, devient l’élève du maître en théologie Guillaume de Champeaux à Paris. Il fonde sa propre école de pensée, basée sur la logique aristotélicienne et son enseignement, qui annonce déjà celui de saint Thomas d’Aquin, provoque un engouement immense dans le milieu universitaire.
En 1118, déjà chanoine de Notre-Dame de Paris, Abélard, qui n’a pas encore été ordonné prêtre, s’éprend de sa jeune élève, Héloïse, nièce d’un autre chanoine, Fulbert.
Les deux amants prennent la fuite et se marient dans la clandestinité. Ils ne peuvent cependant pas échapper à la colère de Fulbert qui fait émasculer Abélard. Ce dernier prend alors l’habit monacal à Saint-Denis et Héloïse entre au couvent du Paraclet.
Voilà donc une aventure qui ressemble sur bien des points à celle de Tristan et Iseult : amour impossible, contrecarré par un homme de pouvoir et qui finit tragiquement. Fort bien, mais c’est oublier le rôle d’Abélard ainsi que celui d’Héloïse, pauvre fille menée dans un couvent après avoir « fautée ».
Rappelé par ses élèves, Abélard va reprendre son enseignement et s’opposera à saint Bernard en tentant d’accommoder la raison avec la Révélation. Condamné pour la seconde fois par les tribunaux ecclésiastiques, il se réfugiera auprès de son ami Pierre le Vénérable, abbé de Cluny et, réconcilié avec la papauté, s’installera finalement au prieuré clunisien de Saint-Marcel où il mourra, en avril 1142.
Quant à Héloïse,  qui, lorsqu’elle rencontre Abélard, elle a déjà acquis une solide culture classique -philosophie et littérature-, elle va entretenir une correspondance –célèbre- avec son ancien amant. Mais bien plus à une discussion théologique ou philosophie qu’à un entretien amoureux que l’on assiste. C’est d’ailleurs elle qui demandera à Abélard de rédiger un programme d’éducation -comprenant le grec, l’hébreu, le latin- afin de développer, chez les religieuses de son couvent, une meilleure compréhension de l’Écriture.