Héraclite l’obscur : l’anachorète antique

Un philosophe grec, d'après un bas-relief antique.
Un philosophe grec, d’après un bas-relief antique.

Le Ve siècle avant J.-C. est, sans conteste, un âge d’or de la pensée grecque. Les cités, enfin unies, ont réussi à repousser l’envahisseur perse, Athènes domine l’Attique et tente d’imposer son propre concept politique : la démocratie. C’est dans ce monde et ce cadre précis que nait Héraclite, nom latinisé d’Hérakléitos.
Né au début du V e siècle, issu d’une famille sacerdotale, ce qui explique sans doute sa profonde connaissance des mystères et son goût des formules obscures, voire sibyllines, Héraclite, dit l’Obscur, apparaît comme une sorte d’ancêtre des anachorètes du désert. En effet, ayant abandonné ses privilèges à son frère, il décide de se retirer du monde, s’établit sur le flanc escarpé d’une montagne et vit d’herbes et de racines. Certes, ce principe de vie allait conduire le jeune grec à créer une philosophie propre, fondée sur l’union des contraires ; il allait l’amener à développer l’idée d’une réalité universelle du devenir, mais il pose surtout la question de savoir si ce retrait de la vie publique était plus d’inspiration philosophique que religieuse. On sait et la vie entière d’Aristote le prouve, que la recherche philosophique va souvent de pair avec la recherche religieuse. On sait également que la religion grecque va conduire à une quête particulière qui trouvera sa finalité dans les mystères, généralement issus du monde oriental. La démarche d’Héraclite entrait-elle dans cette optique ? Y fut-elle, naturellement conduite ? On peut légitimement s’interroger tant la démarche rappelle celle des moines chrétiens, des anachorètes.
Au final, Héraclite payera sa démarche de sa vie : accablé d’infirmités diverses, il se laissera mourir de faim vers l’âge de 60 ans -tout de même-, disparaissant pour des siècles des études et des cercles de réflexion.