Héraclius : l’espoir déçu

Reproduction d'une monnaie d'Héraclius.
Reproduction d’une monnaie d’Héraclius.

Lorsque, en octobre 610, Héraclius, fils d’un exarque (gouverneur en charge de l’autorité civile et militaire d’un territoire généralement situé aux marches de l’empire) de Carthage, renverse l’usurpateur Phocas et s’empare du trône, l’empire est dans un état lamentable. Divisé sur la question du monophysisme -qui ne reconnaissait au Christ qu’une seule nature, la nature divine- ; menacé par les Perses, qui envahiront d’ailleurs l’Asie mineure, puis s’empareront de Jérusalem et de l’Egypte ; bousculé par les Lombards et les Avars qui, après l’Italie, atteignent Constantinople : l’empire, décidément, était au bord de la ruine, pour ne pas dire de l’implosion. De fait, les dix premières années du règne d’Héraclius n’ont rien de bien concluantes. Mais dès 620, il semble que la roue ait enfin tourné : Héraclius achète la retraite des Avares ; mène la réorganisation de l’armée et de l’administration ; isole -diplomatiquement- les Perses avant de se lancer dans une véritable croisade contre la dynastie sassanide. Une victoire près de Ninive, puis l’assassinat du souverain (628) allait plonger l’empire perse dans une guerre civile qui, logiquement, allait reléguer les menaces sur l’empire byzantin à une problématique d’un autre temps. Profitant de son avantage, Héraclius devait se faire rétrocéder l’Egypte et Jérusalem, où l’empereur devait faire une entrée triomphale "armé" de la Vraie croix !
Cette année 630 devait marquer le triomphe d’Héraclius mais également le début du déclin du règne d’Héraclius. L’empire, épuisé par les efforts consentis lors de la lutte contre les Perses, se retrouve démuni face à la déferlante arabe. Bosra, en 634, mais surtout Yarmouk en 636, ouvrent, avec la défaite grecque, la route de la Syrie aux cavaliers musulmans. Jérusalem tombera en 638, la Mésopotamie l’année suivante, l’Egypte également. Plus tard, ce sera l’Afrique du Nord, l’Espagne même…
Focalisé sur le danger perse, Héraclius aura juste mésestimé le phénomène arabe, épuisant les forces de l’empire en une lutte inutile. L’empire s’étant de lui-même éliminé dans la défense de l’Orient comme de l’Occident, défense qui faisait partie de sa nature, les arabes auront alors beau jeu de se lancer à l’assaut du monde.