Hérodote, le père de la géographie

Buste d'Hérodote (v. 484 avant J.-C.-v. 425 avant J.-C.).
Buste d’Hérodote (v. 484 avant J.-C.-v. 425 avant J.-C.).

Hérodote, le plus illustre des voyageurs de l’Antiquité, est né vers 484 avant notre ère, à Halicarnasse, petite ville fondée dans la Carie, sur la côte de l’Asie Mineure, par les Doriens, l’une des quatre tribus helléniques. Le nom de son père était Lyxès, celui de sa mère Dryo. Son oncle Panyasis avait composé deux poèmes presque aussi populaires, en ce temps-là, que ceux d’Homère et d’Hésiode. Il était jeune et riche. Grâce aux relations commerciales de sa famille, il pouvait compter sur l’aide et les conseils des marchands grecs répandus dans tous les pays où commençait à poindre la civilisation. Le renom poétique de son oncle Panyasis lui assurait un accueil non moins favorable chez les prêtres et chez les philosophes, c’est-à-dire près des hommes les plus instruits de la terre, car la science était alors tout entière contenue dans la religion et la philosophie.
On sait aujourd’hui d’Hérodote, qu’il était fort jeune lorsqu’il commença ses voyages, puisque l’on considère comme incontestable qu’il avait seulement vingt-huit ans lorsque, à son retour, il fit la lecture de son histoire aux jeux Olympiques.  

La seule curiosité n’était point le but qui l’avait déterminé à entreprendre un voyage aussi long et aussi laborieux. En s’éloignant de sa patrie, vers l’an 464 avant Jésus-Christ, il ne cédait pas seulement au désir de s’éclairer sur des questions difficiles qui se rapportaient aux origines et au culte de son pays ; il avait conçu un projet plus vaste. À l’exemple d’Homère, qui avait chanté la première victoire signalée des Hellènes contre les Asiatiques (ou, comme on l’a dit, le premier triomphe de la civilisation de l’Occident sur celle de l’Orient), Hérodote se proposait d’écrire l’histoire des longues et mémorables luttes que les Grecs avaient soutenues contre la Perse, et qui s’étaient récemment terminées par les glorieuses victoires de Marathon, de Salamine, de Platée et de Mycale : il avait sagement pensé que la meilleure préparation à une œuvre si considérable était de visiter les nations les plus intéressées à ces événements et d’étudier chez elles-mêmes leurs annales, leurs institutions et leurs mœurs.
Ce fut, en effet, au retour de ses voyages et sous leur impression, qu’Hérodote composa le livre immortel qui lui a mérité dans la postérité le surnom de « Père de l’histoire » ; il n’aurait pas eu moins de titres à être nommé le « père de la géographie » : les descriptions physiques, les informations curieuses et de toute nature qu’il a si agréablement mêlées à sa narration historique sont restées des modèles qu’on n’a point surpassés dans l’art d’observer et d’écrire. Jamais peut-être on n’a enseigné plus de choses sous une forme plus charmante. Un de ses biographes, Visconti, semble n’avoir rien exagéré en disant que son livre est le plus intéressant et le plus agréable de tous les livres écrits en prose depuis vingt-trois siècles. Encore ne pouvons-nous guère aujourd’hui apprécier toutes les beautés de son style, dont l’harmonie est si douce, au témoignage de Quintilien, « qu’il paraît renfermer de la musique ».