Inès de Castro : « la reine morte »

L'assassinat d'Inès de Castro, d'après une gravure du XIXe siècle.
L’assassinat d’Inès de Castro, d’après une gravure du XIXe siècle.

Ils défilaient, s’inclinant avec déférence, parés de leurs plus beaux atours. La cour au complet était présente pour rendre hommage à la reine. Mais c’est devant un cadavre qu’ils se présentaient ; à un corps en décomposition qu’ils rendaient hommage. Ainsi en avait décidé le roi et toute la cour, avide de plaire, n’avait eu d’autre choix que de s’incliner.
L’histoire est sordide et à tout de la légende. Tout sauf peut-être les personnages eux-mêmes et le drame qu’ils vécurent. Tout, sauf la tradition, que reprend Camoëns, un poète du XVIe siècle.
C’est en accompagnant la jeune Constance de Castille auprès de son nouvel époux, l’infant Dom Pedro de Portugal, qu’Inès de Castro allait entrer, et de quelle façon, dans la longue lignée des amants maudits. L’infant, séduit par la demoiselle d’honneur plus que par la promise, allait faire d’Inès sa favorite, sa maîtresse et, après la mort de Constance, sa femme. Mais l’infant n’était pas le roi et Alphonse IV n’entendait pas laisser son fils commettre pareille mésalliance. Inès fut assassinée un an à peine après son mariage secret (1354). L’histoire est  triste, certes, mais elle ne s’arrête pas là.
Car l’infant devint roi et le roi n’avait pas oublié. A peine est-il monté sur le trône (1360) que Pedro -ou Pierre Ier- ordonne la torture puis l’exécution de tous les autres acteurs du drame. Puis, toujours à sa douleur, il fait déterrer sa "belle" et, vêtue des atours royaux, ordonne à toute la cour de rendre les hommages dus à celle qui, pour lui, était encore sa reine… La légende de « la reine morte » venait de naître.