Isabeau ou le « syndrome de l’Autrichienne »

Gisant d'Isabeau de Bavière (1371-1435).
Gisant d’Isabeau de Bavière (1371-1435).

Elle fait sans doute partie des reines les plus détestées de l’histoire de France ; des historiens également d’ailleurs. Choisie, à l’âge de 14 ans, pour devenir l’épouse de Charles VI, elle lui donnera pas moins de douze enfants, dont sept seulement atteindront l’âge adulte. La folie de Charles VI ne faisant plus guère de doute, dès 1393, elle présidera au conseil de régence qui devait palier à la faiblesse du roi. Officiellement tout au moins car, dans les faits, jamais Isabeau n’exercera de pouvoir réel. Pourtant, c’est toujours elle que l’on accusera de tous les maux ! La montée en puissance de Louis d’Orléans, le frère du roi ? C’est elle qui l’aurait favorisé avec d’autant plus d’ardeur qu’elle était très proche de son beau-frère, un adepte des fêtes et de la dépense. Le lègue par Charles VI de son trône à Henri V d’Angleterre, cela au détriment de son propre fils, le futur Charles VII ? Encore l’œuvre d’Isabeau, qui joue cette fois le jeu du duc de Bourgogne.
Primesautière, joueuse, danseuse, belle et charmeuse, Isabeau n’avait effectivement rien d’une "bête politique". Piètre politicienne, elle ne s’intéressait guère à la question… et soyons réalistes, on ne l’y poussait pas non plus. La politique, le pouvoir, nombreux seront ceux qui se le disputeront sans pour cela avoir besoin d’ajouter un participant. Mais si elle n’exerça réellement aucun pouvoir comment expliquer le jugement dont elle fit l’objet, de la part de ses contemporains et plus encore de la part des historiens ? C’est ce qui s’appelle le "syndrome de l’Autrichienne". Un syndrome qui veut que toute reine étrangère, et plus encore les reines originaires de l’autre côté du Rhin, subisse les foudres des historiens.
Entrée d'Isabeau à Paris (détail d'une tapisserie médiévale).
Entrée d’Isabeau à Paris (détail d’une tapisserie médiévale).

Avant Isabeau, rares seront les souveraines issues d’une famille souveraine étrangère. A part Anne de Kiev -trop lointaine dans le temps pour être intéressante-, il n’y avait guère eu que Clémence de Hongrie, le seconde épouse de Louis X le Hutin. Une Clémence qui deviendra, dans l’imaginaire des "historiens" du XIXe, une véritable Messaline. Toutes les autres souveraines étaient issues de grandes familles, leur union étant, pour la royauté française, un moyen d’asseoir son pouvoir sur la noblesse. Isabeau sera donc la troisième "étrangère". Pas la dernière : après elle, les Médicis -Catherine et Marie-, Anne d’Autriche et, bien sûr, Marie-Antoinette subiront le même sort, le même jugement méfiant et soupçonneux. Les Italiennes seront vues comme des ensorceleuses, des empoisonneuses ; les Autrichiennes -et même si l’une d’elles était Espagnole- comme des Messaline, prête à favoriser leur pays ou leur famille d’origine au détriment de leur nouvelle patrie…