Jean Ier, l’enfant qui régna cinq jours

Gisant de Jean Ier le Posthume (1316-1316).
Gisant de Jean Ier le Posthume (1316-1316).

Le 15 novembre 1316, la reine Clémence de Hongrie met au monde un fils. Jean, premier du nom, représente l’espoir de tout un peuple ; il est roi, déjà, son père, Louis X le Hutin, étant décédé six mois auparavant. Le règne de l’enfant-roi sera cependant fort court : cinq jours, cinq jours au terme desquels il sera retrouvé mort dans son berceau. Pour la première fois depuis l’avènement d’Hugues Capet, la succession père-fils est interrompue. Le royaume se remettra vite de cet événement, l’oncle du petit Jean, Philippe le Long, prenant alors la couronne après avoir déterré et invoqué une ancienne loi franque, la loi salique. De fait, l’histoire de Jean Ier n’aura guère marqué les esprits… sur le moment. Trente ans plus tard, elle devait reprendre vie en la personne de Giannino Guccio, un Siennois qui, en 1346, se présente devant le roi de France, alors Jean II –l’histoire a de ces hasards-, prétendant être l’enfant défunt. D’après Giannino Guccio, deux grands seigneurs de l’entourage royal, craignant pour la vie de l’enfant, l’aurait échangé contre le bébé de sa nourrice, une certaine Marie de Carsi. Un acte qui devait sauver le petit roi, empoisonné, toujours selon Giannino, par la redoutable Mahaut, comtesse d’Artois. Le Siennois n’aurait lui-même appris sa véritable identité que grâce au récit du confesseur de Marie de Carsi.
On s’en doute, l’histoire ne devait guère plaire à Jean II qui aurait alors du rendre sa couronne. Mais pour rocambolesque qu’elle paraisse, elle trouvera quelques crédits auprès de personnages tels que Cola di Renzo, un sénateur de Rome, Louis Ier de Hongrie, le cousin germain de Jean Ier et même les représentants de Sienne et de Venise. Le « Re Giannino », comme on l’appellera alors, se dotera même d’une armée et tentera d’envahir la France… sans succès. Quel était l’intérêt de ces cités italiennes, du roi de Hongrie qui prétendait avoir « reconnu » Jean Ier sous les traits du Re Giannino ?  Peu importe. La véritable question étant alors : quel était l’intérêt de Mahaut en tuant le petit roi ? Que son gendre, Philippe V le Long, accède au trône peut-être. Mais si Jean avait vêcu, Philippe aurait conservé la régence encore quatorze années durant. De quoi asseoir quelque peu son autorité ; de quoi prendre le temps de faire « sa » politique. L’histoire du Re Giannino conservera, malgré son invraisemblance, un fort crédit jusqu’en 1367, qui sera reprise par quelques historiens du XIXe siècle puis par Druon. Un livre sera même écrit, contant l’Histoire merveilleuse d’un supposé roi de France. Un titre qui en dit long et qui résume à lui seul toute l’affaire…