Jeanne, la Pucelle qui sauva la France

Sainte Jeanne d'Arc (1412-1431), au sacre de Charles VII.
Sainte Jeanne d’Arc (1412-1431), au sacre de Charles VII.

Réjouis-toi, franc royaume de France,
À présent Dieu pour toi se combat.

Ces quelques vers de Charles d’Orléans résument, en deux lignes, ce qui fit le succès de Jeanne.
Jeune bergère des marches de Lorraine, Jeanne n’a que dix-sept ans quand elle se rend auprès du « gentil dauphin », Charles de France, pour le convaincre qu’il est bien le roi de France choisi par Dieu. Dotée d’une armure, tenant haut son étendard marqué des noms de Jésus et de Marie, Jeanne a tout d’un ange pour cette France désespérée. Catherine Claude écrit à son propos :
La parité avec les hommes, elle ne la demande pas. Elle la prend quand ceux qui gouvernent, non seulement ne font pas face aux obligations qui découlent de leur rôle, mais prolongent et redoublent les effets de la guerre par leurs disputes meurtrières.

On peut discuter aussi longtemps qu’on le désire sur les voix que Jeanne a entendu et qui l’ont conduit à prendre les armes, cela ne servirait à rien. Une chose est indiscutable : Jeanne combat pour la France, justement parce qu’elle est femme, parce qu’elle a « grand pitié » du royaume de France. Et malgré son armure, elle reste une femme, une enfant même, qui jamais, au cours de son épopée, ne lèvera l’épée. D’ailleurs, elle n’en a même pas ! Son rôle est de rassurer le dauphin, de le conseiller pour qu’il se fasse couronner à Reims, d’encourager les troupes de Charles VII. Et en cela, Jeanne reprend tout simplement  un rôle qui fut, depuis toujours, le privilège des femmes.
Orléans tombe, suivi de Patay, Beaugensis, Meung. Puis le dauphin est sacré à Reims et devient pour tous Charles VII. Quand, à Compiègne, elle tombe aux mains des Bourguignons, elle a accompli sa mission. La suite n’est qu’un procès truqué, avec à la clef une condamnation d’office. Ayant lié si étroitement son destin à celui de Charles VII, il fallait, pour discréditer le nouveau roi, « la faire condamner comme une pitoyable aventurière, une hérétique obstinée, rebelles aux saintes lois de l’Église ».
Alors la cause royale, poursuit Régine Pernoud, se trouverait à tout jamais compromise pour s’être servie des maléfices d’une illuminée.
La manœuvre des Anglais sera un échec cuisant : à peine est-elle condamnée et brûlée, que Jeanne devient, pour le peuple de France, une héroïne, une sainte. Son procès de réhabilitation, en 1456, puis sa canonisation, en 1920, ne font qu’officialiser une idée ancrée depuis déjà des siècles dans les mentalités du peuple de France, au point que, dès le XVe siècle, les habitants d’Orléans célèbrent par un défilé la délivrance de leur ville par Jeanne.