L’Ager publicus « pour les nuls »

Un légionnaire romain (gravure ancienne).
Un légionnaire romain (gravure ancienne).

Lorsque l’on étudie l’histoire romaine, immanquablement, on aborde la question de l’Ager publicus. Une question qui va empoisonner les derniers siècles de la République, une question qui est aussi intimement liée à l’expansion romaine dans les premiers siècles de la République.
Née au Ve siècle avant J.-C., la République romaine va mettre deux siècles à conquérir toute la péninsule italienne, imposant son gouvernement aux Voques, aux Eques, aux Latins, aux Etrusques, aux Samnites enfin. Un dernier affrontement avec la Grande Grèce, qui avait des comptoirs au sud de la péninsule, allait achever sa conquête et ouvrir des horizons nouveaux aux Romains. Des horizons qui passent par le contrôle du détroit de Messine et qui allait entraîner un conflit avec une cité au moins aussi ambitieuse que Rome : Carthage. Trois guerres, dites guerres puniques, allaient marquer la seconde moitié du IIIe siècle avant J.-C. Et la première moitié du IIe. Carthage détruite, la Méditerranée s’ouvrait aux désirs expansionniste de Rome… avec un corolaire : l’agrandissement de l’Ager publicus.
L’Ager publicus était, dans la définition, les terres appartenant à l’Etat romain, non aux particuliers. Or, ces terres étaient désormais immenses. Et il suffisait aux membres de la noblesse de payer un impôt pour se les accaparer. Rien de mal en soi, sauf que, dans le même temps, les petits propriétaires risquaient de tout perdre. Embarqués durant plusieurs années dans les rangs de l’armée, conduits à des centaines de kilomètres de leurs domaines, ils les retrouvaient généralement en bien mauvais état, voir quasi abandonnés à leur retour.
Parallèlement à cela, la conquête de nouveaux territoires engendre une nouvelle concurrence : le blé de Sicile, d’Afrique du Nord ou encore d’Asie rivalise avec les cultures italiennes. Un problème atténué dans les grandes domaines terriens qui ont le concours de plus en plus d’esclaves, conséquence des guerres et donc d’un afflue de prisonniers. Au final, les grands perdants sont donc les petits propriétaires qui, soit s’endettent au delà du raisonnable, soit vendent directement. Ils iront ensuite rejoindre la cohorte d’une nouvelle plèbe urbaine, miséreuse.
La question de l’Ager publicus sera au centre des discussions de la première moitié du Iie siècle. Les frères Gracques, notamment, tenteront, en vain, d’y répondre. Mais c’est toute la société romaine qui se retrouve bouleversée ; l’idée même de la République qui va se jouer. De cette question, de ce problème, viendra la guerre civile, puis la fin de la République.