L’ambition effrénée de Charles Ier d’Anjou

Charles Ier d'Anjou, comte de Provence, roi de Sicile et de Jérusalem (1227-1285).
Charles Ier d’Anjou, comte de Provence, roi de Sicile et de Jérusalem (1227-1285).

C’est grâce à son mariage avec Béatrice de Provence, que Charles d’Anjou, dixième fils de Louis VIII et de Blanche de Castille et frère cadet de saint Louis, devait acquérir la Provence. Après avoir accompagné son frère à la croisade d’Egypte, où il sera d’ailleurs fait prisonnier entre 1248 et 1250, il revint en Provence où il trouva les seigneurs révoltés, prêts à combattre pour leur indépendance. De fait, les Provençaux n’avaient nullement l’intention de se soumettre à l’autorité d’un Français avec risque, dans un avenir plus ou moins proche, de voir leur contrée intégrée purement et simplement au domaine royal et de voir leurs seigneuries reprises par des nobles étrangers. Cela avait été le sort -funeste- des seigneurs languedociens et toulousains qui avaient subi la conquête pure et simple des hommes du nord, l’excuse ayant été, à cette époque, la croisade contre les Albigeois. A la tête de la révolte provençale, les seigneurs des Baux crurent pouvoir profiter de la croisade en Terre sainte et d’une certaine faiblesse du pouvoir royal consécutive de cette expédition ; ils avaient oublier la solidarité familiale. Charles d’Anjou fit appel à son frère Alphonse de Poitiers, comte de Toulouse : Arles (1251), Marseille (1252), Tarascon (1256), Apt (1258) allaient s’incliner. Mieux, les deux Français devaient détruire au fur et à mesure les consulats, les libertés municipales et placer à la tête de l’administration des officiers français ou angevins.
La Provence soumise, Charles d’Anjou décida alors de regarder au delà des Alpes : en 1258, il annexa le comté de Vintimille et, deux ans plus tard, imposa sa suzeraineté au marquisat de Saluces. La vallée du Pô, la Lombardie s’ouvraient désormais aux pas des armées de l’Angevin ; le pape, Français d’origine, devait reconnaître cette ambition pour ce qu’elle était et fit appel à Charles pour combattre les Hohenstaufen. Charles battit Manfred -les fils de Frédéric II, à Bénévent et se trouva investi par le pape du royaume de Naples et de Sicile. La victoire de Tagliacozzo (1268) et l’exécution de Conradin, le dernier des Hohenstaufen, rendirent Charles maître de ses nouveaux Etats. Des Etats qui ne devaient pas goûter bien longtemps la suzeraineté angevine…
A peine Naples et la Sicile conquises, Charles d’Anjou, qui décidément ne mettait aucun frein à son ambition, porta ses regards vers l’empire de Constantinople ; il acheta même le titre de roi de Jérusalem (1277)… en vain. La révolte des Siciliens, dont le point d’orgue est connu sous le nom de massacre des Vêpres siciliennes (1282), combiné aux prétentions siciliennes de Pierre III d’Aragon -qui avait épousé Constance de Hohenstaufen, la fille de Manfred- devait chasser les Angevins de l’île. Charles chercha alors le soutien de sa famille : Philippe III le Hardi accepta de mener une croisade contre l’Aragon… qui échoua lamentablement ; au même moment, les Aragonais détruisirent la flotte angevine en baie de Naples (1284). Charles, qui avait fondé la première dynastie angevine en Provence et qui avait initié la longue rivalité entre l’Anjou et l’Aragon, devait mourir peu après, sans avoir réparer cette injure.