L’empire du luxe

Un festin au Moyen Âge (tapisserie du XIVe siècle).
Un festin au Moyen Âge (tapisserie du XIVe siècle).

Le luxe serait-il le propre des sociétés en décadence ? Peut-être l’étalage du luxe pour le luxe, de l’argent pour l’argent ; peut-être faut-il voir comme un signe avant-coureur d’une civilisation décadente, un monde où la référence est la marque, où l’obsession de chacun est de savoir ce qu’il va bien pouvoir acheter afin d’améliorer, non pas son quotidien, mais un "extra" devenu quotidien. De fait, ce qui gêne c’est l’outrancier ; et la décadence, c’est lorsque l’outrancier est accepté, voire recherché.
Toutes les sociétés ne réagissent pas de manière équivalente à ce genre d’abus. Certaines les acceptent et y voient même une amélioration, tout dépendant, on l’a dit, de la notion d’outrance. D’autres craignent ou perçoivent le danger -souvent alors qu’il est trop tard- et font alors tout pour lutter contre les abus de luxe. Certains vont même jusqu’à édicter des lois en ce sens : c’est notamment le cas des lois somptuaires, un terme générique qui désigne des législations ayant tenter de freiner voire de faire cesser les abus de luxe. Ce sera notamment le cas en Grèce et plus particulièrement à Sparte, dont on sait le peu de goût pour ce qui n’était pas nécessaire.
Ce sera également le cas à Rome où de nombreuses lois luttant contre le luxe dans les festins, les vêtements, les parures, les bijoux seront édictées. La plus célèbre sera la lex oppia, parue en 215 avant J.-C. et qui interdisait aux femmes de porter des objets d’or, des vêtements par trop somptueux, de circuler en char même. Abrogée en 195 avant J.-C., elle sera suivie de la lex orchia, de 182 avant J.-C., qui limitait le nombre d’invités à un banquet puis par la lex fannia (181 avant J.-C.) qui imposait certaines restrictions dans la composition des menus. Autant de lois parfaitement inutiles, jamais appliquées et qui reflètent une certaine inquiétude du monde romain. Inquiétude sans grand fondement si l’on en croit la suite de l’histoire sauf que, justement, ce type de lois ne paraît jamais que lorsque la société est consciente des abus et donc lorsqu’il n’est pas encore trop tard, l’aveuglement prouvant, si l’on veut, la décadence. Le monde antique ne sera pas seul à édicter des lois somptuaires : Philippe le Bel, Louis XIV en feront autant, ainsi qu’Edouard III d’Angleterre… sans plus de succès que leurs prédécesseurs antiques d’ailleurs.