La ceinture de chasteté : un mythe tenace

La cour d'amour au Moyen Âge.
La cour d’amour au Moyen Âge.

Bien peu de gens connaissent le lais de Marie de France qui évoque une amoureuse nouant le bas de la chemise de son compagnon et ce dernier plaçant une ceinture autour de la taille de son amante, signes que seul celui ou celle « qui sera capable de défaire la ceinture ou la chemise de couper ou briser » pourra aimer l’un ou l’autre. Pourtant, de cet écrit du XIIe siècle et de l’imaginaire populaire qui veut que seul ce terrible et obscur Moyen Âge ait pu inventer une telle horreur et faire preuve d’autant de mysoginie, est né le « demi-mythe » de la ceinture de chasteté médiévale. « Demi-mythe » parce que les ceintures de chasteté ont effectivement existé… mais pas au Moyen Âge ! Ce dont parle Marie de France n’est, selon l’historienne Régine Pernoud, qu’un symbole, à l’image des ceintures de cordes portées par les religieux et les religieuses et qui représentent l’un des trois vœux de l’état religieux, à savoir la chasteté.
Si l’on s’en réfère à Brantôme ou à Rabelais, qui les évoque dans Horribles et épouvantables faits et prouesses du très renommé Pantagruel, les ceintures de chasteté ont fait leur apparition… à la Renaissance ! Délires d’écrivains ? On aurait pu le croire si un archéologue n’avait pas retrouvé un squelette de femme, enterrée au XVIe siècle, portant une ceinture métallique de toute évidence destinée à empêcher les relations sexuelles. La preuve est donc faite. Mais pourquoi imaginer un tel instrument ? Contrairement aux dires de Brantôme, aisément porté à l’affabulation, il paraît improbable que ces ceintures aient vraiment été utilisées -et encore moins destinées- à des maris craignant l’infidélité de leur femme. Il semble plutôt qu’elles aient servi -et de manière tout à fait exceptionnelle- à protéger les femmes d’un viol, notamment lors de longs voyages ou en temps de guerre, pendant le siège d’une forteresse ou d’une cité…