La démocratie par le sport

Un des logos édités à l'occasion des JO de Pékin.
Un des logos édités à l’occasion des JO de Pékin.

Lorsque, en 2001 la Chine fut désignée pour accueillir les jeux olympiques de 2008, le monde occidental démocrate, le monde libre a feint, avec un bel ensemble, de croire que la dictature communiste allait disparaître d’elle-même. Seuls quelques organismes, quelques mouvements réclamant la libération du peuple tibétain devaient émettre quelques doutes sur ce choix ; doutes bien vite balayés d’ailleurs. De fait, depuis huit ans, le monde entier s’est convaincu que, tout simplement, la Chine avait changé de régime. La preuve : l’explosion de son économie. Comme si les pays communistes n’avaient pas compris, comme les autres, que le pouvoir se situe désormais dans cette branche. Comme si ses dirigeants étaient prêts à abandonner une dictature si parfaitement organisée, assujettissant si parfaitement l’homme. Et il est clair que le déroulement des jeux olympiques en Chine ne pouvait qu’ouvrir un peu plus le pays vers le monde… et lui servir de sésame. La démocratie par le sport ? Certainement, certains y ont cru ! Certains ont voulu y croire parce que leurs intérêts s’en trouvaient améliorés. Et sans doute est-ce les mêmes qui ont su imposer le choix chinois lors de la sélection de 2001.
Peut-être même pourrait-on croire qu’il existe encore quelques naïfs sur cette terre… Mais la naïveté, comme les bons sentiments, est un sentiment dangereux… surtout pour les autres. Car si les JO étaient une fenêtre économique de plus pour la Chine, ils étaient également, pour tous les opposants au régime chinois, une ouverture à ne pas laisser passer. Combien ont payé, depuis huit ans, le choix du comité olympique ? Combien, connaissant la versatilité des sentiments démocratiques des bien-pensants -toujours à la dernière mode-, ont attendu la veille du grand événement pour que leur action ait un impact minimum ? Combien, enfin, ont pris tous les risques, les derniers risques, pour tenter d’alerter le monde sur une situation qui, miraculeusement, avait presque tourné à l’idéal ?
La situation au Tibet -pays qui, depuis le XVIIIe siècle, est passé sous domination chinoise puis anglaise avant de retrouver la Chine communiste- paraît soudain alerter le monde. Et c’est certainement grâce -ou à cause de- la diaspora tibétaine que le monde libre découvre avec horreur et stupeur que la Chine est toujours soumise à un régime répressif. De fait, les Tibétains et leurs soutiens sont passés maîtres en communication et sauront sans doute exploiter cet événement au maximum. Mais cela suffira-t-il comparé aux énormes enjeux économiques. Cela aidera-t-il aussi les opposants chinois, qui n’ont certainement pas droit à la même publicité ni au même soutien que les Tibétains, peuple devenu symbolique et martyr chez les adeptes de la bonne conscience ? Peu importe d’ailleurs car, au final, tout le monde sera perdant. Tout cela parce que quelques "esprits éclairés" auront voulu croire aux vertus de la démocratie par le sport…