La folie du roi

Charles VI en forêt du Mans (d'après une statue ancienne).
Charles VI en forêt du Mans (d’après une statue ancienne).

C’était au milieu de l’été, pendant les lourdes chaleurs d’août. Comme il traversait la forêt, un homme tout vêtu de blanc se jette à la bride de son cheval en criant :
-Arrête, noble roi, ne passe pas outre, tu es trahi !
Cette subite apparition frappe le roi. Un peu plus loin, le page qui portait la lance royale s’endort sur son cheval ; la lance tombe et frappe un casque qui retentit. À ce bruit d’armes, le roi tressaille, tire l’épée et crie :
-Sus, sus aux traîtres !
Il court, l’épée nue, sur ses pages, sur son escorte, sur son frère, le duc d’Orléans, qui l’évite à grand-peine…
Le roi était fou !
Tel est le récit de la soudaine folie de Charles VI que rapportent les historiens du XIXe siècle. Folie provoquée, selon certains, par « poison et ensorcellement ». Quant à savoir qui aurait eu intérêt à empoisonner le roi, les pseudos historiens désignent immanquablement Louis d’Orléans. Le roi, dans sa folie, n’a-t-il pas tenté de se venger de son frère ? Ce dernier n’était-il pas marié à une Italienne -toutes les reines de France d’origine italienne seront accusées des mêmes talents- et donc suspecte de pratiquer la sorcellerie ?
Certes, Louis d’Orléans profitera sans doute de son excès de pouvoir auprès du roi, affaibli par la folie. Mais ce pouvoir, il le possédait déjà quand le malheureux souverain était sain d’esprit et il ne faut voir dans cette accusation romanesque que l’habileté politique et le sens inné de la propagande d’un Jean sans Peur et de son « avocat » Jean Petit pour justifier l’assassinat du prince d’Orléans en 1408. Quant à la folie du roi, elle a sans aucun doute plus à voir avec une faiblesse congénitale -due aux multiples mariages consanguins de ses parents- qu’à un quelconque envoûtement ou empoisonnement…