La Hanse ou la conquête par le commerce

Un groupe de marchands au XIVe siècle (d'après une gravure ancienne).
Un groupe de marchands au XIVe siècle (d’après une gravure ancienne).

Le phénomène n’a rien de bien nouveau : déjà, l’antiquité pratiquait des associations similaires nommées « éranoi » en Grèce ou « collegia opificum » à Rome. Les guildes médiévales ont ceci de particulier qu’elles s’étaient formées sous l’égide spirituelle, par souci de l’entraide, par sentiment fraternel. Héritière de ces guildes, la hanse -dont le nom allemand signifie justement "guilde"- apparaît au XIIe siècle parmi les marchands allemands installés à l’étranger -Visby, dans l’île de Gotland, Bruges ou Londres. Ainsi, dès son origine, la Hanse germanique se vit doté d’une préoccupation supplémentaire, qui va, au fil du temps, devenir sa particularité.
Association de marchands allemands, elle ne se préoccupe pas seulement de l’entraide mais se voit, dès son origine, assignée à l’expansion commerciale. Une expansion commerciale qui va rapidement tournée à la conquête, voir à la colonisation. C’est vers les régions de l’Est que la Hanse -ou Ligue hanséatique dès lors qu’elle regroupera les comptoirs allemands- va principalement orienter son action. Avec Lübeck à sa tête -une ville qui gardera la primauté de l’organisation tout au long de son existence-, la Ligue crée le comptoir commercial de Novgorod, de Riga ou encore de Dantzig. Une pénétration commerciale qui s’accompagnera de christianisation et, surtout, qui incitera la Ligue à s’allier aux chevaliers teutoniques.
Car l’installation dans ces contrées reculées ne devait pas se faire sans heurt ; pas plus que la pérennisation de l’influence des ligues maritimes, opérant dans toute la mer Baltique. C’est ce souci de conserver leur pouvoir commercial, leur vision économique qui va conduire la Hanse à former des confédérations et à officialiser leur statu. L’indépendance acquise par les communes dans toute l’Europe (au XIIIe siècle), celle désirée par la monarchie danoise allaient officialiser la création de la Ligue hanséatique qui, en 1367, crée la confédération de Cologne et lève une armée qui infligera de sévères défaites à Valdemar IV de Danemark. Une victoire qui, en plus des avantages considérables que la Ligue allait obtenir dans l’exploitation du commerce en mer Baltique, sera la naissance de la Ligue proprement dite. Soixante-dix villes environ formeront ainsi La Hanse et chacune conservaient ses institutions, son gouvernement. Seule concession à un gouvernement commun : une diète, installée à Lübeck, à laquelle s’adjoint le grand maître de l’ordre Teutonique. Point de gouvernement commun, rappelons-le, mais un désir commun, qui fera bien mieux qu’une quelconque hiérarchisation des pouvoirs. Parce que la Hanse avait une vision commune qui n’était autre que la conquête par le commerce, pour le commerce. Une vision que l’on retrouve d’ailleurs dans nos propres pays industrialisés et qui veut que l’on exporte -quitte à le faire de force- un système de vie ou de pensée… généralement basé sur la consommation. Une chose est certaine, c’est que cette vision ne perdurera pas ; qu’elle échouera pour la Hanse, en but aux désir d’indépendance et de liberté des pays dans lesquels elle s’était implantée ou que, tout simplement, elle souhaitait diriger via l’économie.