La légende de Sémiramis

Née de l’amour d’un jeune Mésopotamien avec la déesse-poisson Derceta, nourrie durant toute sa petite enfance par les oiseaux du désert, Sémiramis, à la beauté déjà incomparable, fut recueillie par un haut fonctionnaire, Simma, le « prévôt royal des pasteurs de province ».
Devenue une magnifique jeune fille, elle charma Menon, le gouverneur de Syrie qui l’épousa et la ramena chez lui, à Ninive. Commença alors pour Sémiramis la vie douce et quelque peu insipide d’épouse de haut-fonctionnaire… jusqu’à ce qu’elle découvre la guerre !
Quand Ninus, roi d’Assyrie, déclara la guerre aux Bactriens, Menon son vassal n’eut d’autre choix que de le suivre, délaissant, pour la première fois, sa belle épouse. Mais, alors qu’il tentait de s’emparer de la ville de Bactre, Menon, qui désirait sans doute la garder à l’œil, fit venir sa femme auprès de lui. Intrépide, véritable amazone, Sémiramis ne se contenta pas de braver les dangers du voyage, elle alla bien plus loin et s’empara, par ruse, de la ville assiégée…
Ninus ne pouvait que désirer connaître celle qui lui livrait la ville… pour le plus grand malheur de Menon. Dès qu’il la vit, Ninus en tomba fou amoureux et se débarrassa, fort peu civilement, du mari encombrant…
Cette mauvaise action porta, sans doute, malheur à Ninus car lui aussi ne tarda pas à mourir, laissant Sémiramis veuve et régente pour leur fils Ninus II. Mais la belle Sémiramis, déjà deux fois veuve, et ravie de l’être, va s’occuper de son royaume, de ses armées, qu’elle dirigeait volontiers, et aussi des beaux soldats qui finissaient invariablement leur nuit d’amour avec la souveraine… la gorge tranchée !
Alors qu’elle est au sommet de sa gloire, Sémiramis entreprend la construction de ce qui sera son joyau : Babylone ! Tour à tour architecte et urbaniste, elle édifie une muraille extraordinaire, des ponts, des aqueducs même ! Après seulement trois cent soixante-cinq jours de labeur -sans doute particulièrement intensifs- du haut de son extraordinaire muraille, qui faisait cent vingt-deux mètres de hauteur, quatre-vingt-quatre mètres d’épaisseur et qui était renforcée de deux cent cinquante tours, Sémiramis put contempler sa ville, son œuvre, séparée en deux par l’Euphrate : Babylone.
Sémiramis voyait grand ! Aussi, une fois les temples dotés de coupes pesant trois mille cent cinquante kilos d’or, les palais construits, les canaux et les ponts installés, la souveraine, qui avait, sans doute, la nostalgie de ses jeunes années, tenta de s’emparer de l’Inde… Pour la première fois cependant, le destin ne souriait pas à la reine, qui dut rebrousser chemin. Voyant là un signe sans équivoque des dieux, elle confia le trône à son fils, s’enferma dans sa chambre et, alors qu’une envolée de pigeons passait par là, Sémiramis, dit la légende, les rejoignit, elle-même transformée en oiseau…